La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LE SALO~ DE 1894 surfaces des gobelets et du pichet la poésie de la Yigne et des vendanges. Carabin est aussi un sculpteur qui a conçu, un des premiers, l'idée <l'appliquer sa sculpture au mobilier: il y a <lcjà quelques anrn:es, l'on put voir une bibliothèque de son i1wention chez un amateur. Depuis il a continué par des sicgcs, des tables, des bahuts. li est reste bon sculpteur, et ses figures de femmes, courtes, massiYes, musclces, sont bien d'un art original. Il peut lui être reproché même de ne pas suffisamment sacrifier le sculpteur qu'il était à l'ébéniste qu'il Yeut ètre. Un meuble est a,·ant tout un meuble, et l'ornementation doit ètre subordonnée, et non dominatrice. Ceci dit, et qui n'a pas besoin, je pense, d'être daYantage prom·é, on peut louer le Coffre à secret de cette annce, qui est d'ailleurs mieux enclos dans une forme gcnérale que telle table, tel fauteuil des derniéres années. Encore un effort, encore un pas, et les figures ne seront plus comme surajoutccs, seront enfermées par l'architecture du meuble. J'ajouterai toutefois, avant de quitter Carabin, que la notice explicatiYe inscrite par lui au catalogue est d'une extrème complication et qu'il ne faut pas tant de subtilités pour donner à comprendre une œunc d'art. Il \"eut donner, par exemple, une reprcscntation de la Mort, qui enseYelit à jamais les secrets, et il disserte ainsi : cc Cette idée <le la Mort est plastiquement figurce par un fluide fantômatique qui, peu à peu se dégage des cheYeux que peigne et iisse la femme assise. >> li en est presqul! ainsi de tout le reste. J'ose affirmer que la page <lu catalogue supprimée, le coffre garderait ces secrets-Et mieux encore que les autres. J'aime mieux le Carabin simple, le bon artisan à la Yision directe, celui qui se montre délicat dans les applications de porcelaine au grcs polychrome <le son porte-fleurs, celui qui cherche l'objet usuel par le pichet et le gobelet à vin. Alexandre Charpentier, Dcsbois, déjà nommé, sont des sculpteurs qui se sont adonnés à l'étain, à cette belle matiere, grasse, onctueuse, mate et grise avec de doux brillants. Joseph Chéret aussi, mais celui-ci a ça et là aminci l'étain, l'a façonné en feuilles aiguës, et il me semble impossible qu'il ne se soit pas déj,\ aperçu de quelques erreurs commises. Fix-Masseau, \'algreen sont aussi des sculpteurs qui appliquent leur manicre aux objets d'art : médailles, marteaux <leporte, entrées de sernire, miroirs, yases, figurines, etc. De même Jean Dampt, qui a composé et exécuté cc bibelot ingénieux de la Fée Mélusine et du Chenlier Raymondin. C'est leur droit à tous, mais je pense qu'ils ont un sens exact des traYaux qu'ils accomplissent, et qu'ils ne se figurent pas créer l'objet d'art de notre époque par ces pièces de Yitrines. Ils réalisent, en d'autres maticres et en proportions réduites, les traYaux habituels qu'ils

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