La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

688 LA RE\'(;E SOCIAI.ISTE exposaient en plùtrc, en bronze, en marbre, et Yoilà tout. Ils s'adressent toujours à un public restreint d'amateurs, de collectionneurs, ils cxl'.:cutcnt la pil'.:cc rare, qui prend place parmi les piéccs d'un mobilier luxueux, mais qui n'a pas place dans la Yic de tous les jours. C'est la prcuYc que l'objet usuel qui serait en même temps un objet d'art, n\~xiste pas. Il ne faut pas se lasser de rl'.:pétcr qu'aux époques d'art tous les objets sont des objets d'art, et que personne ne songe :\ s'en apcrccYoir : ils sont en contact permanent aYec l'humanité, ils sont les rl'.:sultats naturellement éclos de sa pensée. En eux, comme en toute chose, l'actiYité et le goût se manifestent, on se sert d'eux, ils sont les familiers des habitations, de la table, du métier, etc. ArriYcra-t-on demain:\ un tel l'.:tatde nature et d'art? L'objet don: tout le monde se sert, qui se Yend dans le bazar, dans la boutique, sur l'l'.:Ycntairc en pleine rue, cet objet-la dc,·iendra-t-il significatif de nousmêmcs, sera-t-il fait pour notre main, pour notre Yision, pour notre esprit? C'est la question posée, aujourd'hui comme hier, et qui est bien en dehors des tra\'aux prl'.:cieux, si YOulus, cxecutés pour quelques amateurs isolés, et qui ne font gucre, en somme, que ressusciter des formes et ml'.:langcr des styles. Chez tous, il y a la destination spéciale, le caractere d'exception. Même la cheminée rustique de Jean Baffier, qui exalte l'existence des paunes gens, ne peut trouYcr place que chez un priYilcgié. L'œu\'l'c issue du peuple ne Ya pas au peuple. III Si des sculpteurs nous passons aux artisans, il en sera encore de cette manierc, même chez les meilleurs. Toujours des picccs de Yitrines, jusqu'aux picces de Chaplct, cc nai artisan, amoureux des arts de terre. C'est le temps qui le \'CUt ainsi, parait-il. Même les Yerres d'Emile Galle, qui a bien un sens de nature à traYers toutes ses prl'.:occupations de littérature, ces Yerres, ces fioles, œs Yases \'Culent une place dans les galeries aux objets triés et non sur l'étag<'.-rc de tous. Est-il neccssaire de poursuinc la dl'.:monstration, d'aborder les reliures de MM. Marius Michel, \Vicncr, Camille Martin, \'ictor Prou\'\'.:. Cc sont bien, ainsi que l'indication s'en trouYe chez l'un d'eux, des reliures d'art, des picccs à laisser en leurs cages de Yerre, et qui ne donnent pas le dl'.:sird'ounir les liHes qu'elles surchargent. Et même, si quelques-unes sont réussies comme reliures d'art, beaucoup ne donnent-elles pas l'idée de compositions péniblement cherchées, de lourds tableaux plaqués sur les légers feuillets du liHe.

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