I~TRODUCTIO~ A LA << MORALE SOCIALE » du marxisme; il démêle dans l'homme un instinct profond et essentiel, mais qui ne s'est jamais manifesté et produit que sous les formes changeantes de l'histoire et qui ne rcceYra sa pleine satisfaction que par l'éYolution historique qui, en donnant à une classe, le prolétariat, une Yalcur naiment humaine, abolit enfin les antagonismes économiques qui anient neutra-lisé l'obscure tendance altruiste de l'être humain. Ainsi, malgré certaines formules de généralisation un peu hâtive et malgré certaines apparences d'idéologie, c'est bien dans le concret de la réalité humaine et de l'évolution historique que la morale sociale de Benoit Malon a son point d'appui. Et, d'autre part, le matérialisme économique et historique de Marx n'exclut ni logiquement, ni dans la pensée même de Marx, cc qu'on est conYenu d'appeler l'idéal. J'ai à peine besoin de rappeler que Marx, par son affirmation matérialiste, a surtout voulu rectifier, en la renversant, la méthode dialectique de Hegel. Celui-ci partait de l'Idée, qui par son propre progrés deYenait nature et histoire. Marx a accepté de Hegel la conception de l'uniYcrscl et incessant <leYenir; mais il a affirmé que ce sont les choses mêmes, c'est-à-dire le systéme des faits immédiatement perçus, qui se transforment et qui, en se transformant, transforment les conceptions humaines. Or, comme dans la Yie de l'humanité cc sont les rapports résultant du mode de production qui sont fondamentaux, c'est l'éYolution économique des sociétés humaines qui régie, scion Marx, l'é,·olution intellectuelle et morale de l'humanité. Cette conception-là ne se confond nullement a,·ec le matérialisme physiologique ou aYcc le matérialisme moral. Il se pourrait trés bien que cc qu'on appelle pensée, sentiment, ne dériYàt pas exclusi,·ement d'une organisation matérielle, d'un ccryeau, par exemple, et que cependant le déYcloppement de cc sentiment et de cette pensée fùt soumis, dans l'histoire humaine, à l'action souYeraine des conditions économiques. De même il ne résulte nullement de cette force prééminente et directrice de l'ordre économique que l'homme soit réduit à des appétits inférieurs ou à des mobiles intén.:ssi'.:s. Marx a écrasé de son ironie pesante le rnlgairc utilitarisme anglais, allié bourgeois de ]'économisme. Il appelle Bentham l'oracle philistin du dix-ncuviemc sieclc, et il dit de lui : « Jérémie Bentham est un phénoméne anglais. Dans aucun pays, à aucune !'.:poque, personne, pas même le philosophe allemand Christian \\'olf, n'a tire autant de parti du lieu commun. Il ne s'y plait pas seulement, il s'y paYane. Le fameux principe d'utilitc n'est pas de son in,·ention. Il n'a fait que reproduire sans esprit l'esprit d'Heh-t'.:tius, et d'autres écrivains français du dix-huitieme siécle. Pour saYoir, par exemple, cc qui est utile ù un chien, il faut étudier la nature canine, mais on ne saurait déduire cette nature elle-même du principe d'utilité. Si l'on Yeut faire de cc principe le critcrium suprême des
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==