LA RE\'lJE SOCIALISTE Ainsi le socialisme, où les sots affectent de ne YOir que des rcn:ndications matériclks, est un Yéritable crbtcur d'idéal. De l'idcal il ne fait point je ne sais quelle aristocratique fantaisie glissant;\ la surface des sociétés : il en YCUt faire l'ennoblissement de l'humanité tout entière, et pour cela, bien loin d'éliminer ou de dédaigner les instincts primordiaux, les appétits physiques, les tendances égoïstes, c'est sur clics qu'il s'appuie d'abord. C'est ;\ l'égoïsme qu'il fait appel, et cet égoïsme, il l'élargit et le transforme; c'est aux besoins matériels qu'il s'adresse; mais il appelle l'appétit animal qui est dans l'homme à réfléchir sur lui-même, et la pensée même prend l'humanité aux entrailles. Ainsi cc n'est pas une humanité fictiYe que le socialisme aura élcYéc, mais l'humanité réelle, l'humanité qui est une portion de la nature. Par là le socialisme est la plus grande force morale et la plus efficace qui ait encore paru d::rns le monde humain. Par là aussi il apparait qu'entre <<l'idéalisme» de Benoit Malon et le «matérialisme» des marxistes il n'y a pas une opposition fondamentale de conception, mais bien plutot une simple différence dans la méthode d'exposition. Puisque nous sommes à cc point de l'éyo]ution historique où l'intérêt d'une classe, le prolétariat, se confond aYcc l'intérêt de l'humanité et où dans l'affranchissement espéré de cette classe perce l'affranchissement de l'humanité, on peut indifféremment aborder le problème par k coté humain et moral, comme le fait Benoit Malon, ou par le coté économique, comme le fait Marx. Benoit Malon croit décounir tout au fond de l'homme un instinct primordial et permanent, une sympathie nati\·c de l'être humain pour l'être humain, le besoin, par conséquent, pour tout indiYiJu, de multiplier la joie des autres indiYidus dont, p:u une tendance primordiale, il est solidaire. Et c'est cet instinct profond de sympathie qui, sous des formes diYcrscs, lutte contre toutes ks forces contraires de dispersion et d'antagonisme qui ont armé ks uns contre les autres ks hommes, les peuples et ks races. C'est d'abord sous forme religieuse et théologique, puis sous forme métaphysique que s'est manifesté cet instinct ; les grandes religions et les grandes philosophies n'ont été que la projection, dans le Yidc de l'absolu, de cc besoin d'universelle sympathie, de cc pressentiment d'unité humaine qui est, dès l'origine, au cœur même de l'humanité. L'histoire et la critique ont éliminé ces formes premières, effacé ces fantomq célestes, ombre démesurée et Yaguc de l'homme aimant et souffrant; mais cet instinct est resté, et c'est sous forme sociale qu'il cherche maintenant une satisfaction positiYc; c'est dans l'ordre économique, c'est-à-dire dans l'ordre de la réalité humaine et de la Yic que l'instinct « altruiste » réclame et agit maintenant. Ainsi, quand Benoit Malon part de la notion d'humanité, il ne part pas d'un absolu immobile et abstrait qui serait la négation même de l'histoire, c'est-à-dire
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