I~TRODUCTIOK A LA cc MORALE SOCIALE » chez eux! ils sont comme un parYcnu dans un palais, ne sachant trop s'ils en sont maîtres. Et ainsi cette sorte de science, qui n'est souYent que Yanité, les étourdit et les trouble au lieu de les fortifier: elle les humilie au lieu de les grandir. Si le socialisme, au début, a l'air de circonscrire l'éducation du prolétariat aux questions économiques,· aux qucstions Yitalcs, cc n'est pas qu'il Yeuille restreindre les audaces, les curiosités, les fantaisies même de la pensée et de l'art. Il se propose au contraire co1~1mefin suprême d'appeler tous les hommes à la plénitude de la Yic inrcllectuclle. Il \'eut que l'uniYers tout entier soit l'horizon familier de l'humanité tout cntiérc. Mais il \'eut tout d'abord que la science du peuple soit à lui et bien à lui. Il Yeut qu'elle ne soit pas en lui artificielle et factice. Elle doit être l'interprétation de sa propre vie au moment même où il la Yit; et au moment même où il souffre, la lumicre de sa souffrance. Elle n'est pas un attirail d'érudition ou une complication de rê,·erie qui embarrasserait la marche du prolétariat. Elle est une souple et viYante armure qui ne fait qu'un aYcc lui. Elle est le prolétariat luimêmc, conscient de soi et de son rôle. Si elle n'était qu'une imitation maladroite du saYoir bourgeois, elle ·serait pour le prolétariat une inferiorité. Au contraire, étant l'affirmation du prolétariat et de sa mission historique comprise par lui, elle lui donne sur la science bourgeoise, qui, dans l'ordre économique, n'est bien som·cnt qu'une scolastique \'aine, toute la supériorité de la Yie armée sur les formules mortes. De là deux aYantagcs décisifs. La pensée, confondue a,·ec la Yic et la souffrance, peut descendre jusqu'aux fonds les plus obscurs du peuple, car il y a là souffrance et Yic. Dans les cerYeaux assourdis par le bruit continu des tissages, en de longues et stupéfiantes journées, la pensée socialiste seule peut Yibrer encore. Elle est comme une lancination cérébrale réYeillant le prolétariat de sa -torpeur. Le socialisme seul peut faire de la pensée dans le peuple, non une simagrée scolaire qui cesse à treize ans, quand l'enfant entre à l'atelier, mais une habitude et une Yérité. Seul il arrachera à la stupidité et à la mort d'innombrables ccrYcaux humains, et il lèguera à l'humanité future, pour ses prodigieuses audaces et entreprises intellectuelles, un peuple pensant. Et de plus (c'est le second serYice rendu par le socialisme à la pensée humaine) il aura identifié la pensée et la Yie. Le peuple aura contracté l'habitude de la méthode : il ne se sera abandonné qu'à l'idée bien comprise qui le prenait par le cœur et par les entrailles. Il apportera, des lors, dans l'étude élargie de l'uniYers et de la Yie, une sincérité profonde et un sérieux passionné. Si jamais l'humanité, qui semble retourrier à une sorte d'enfance sénile et faire un hochet des croyances et des systèmes, retrouve le sens vraiment religieux de la Yie et de l'uniYers, elle le dena à cette éducation socialiste qui aura fait de la pensée, non un jeu délicat, mais l'affirmation et l'expression de la Yie.
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