INTRODUCTIO~ A LA « MQRALE SOCIALE >> Votre Yisagc est creusé par la souffrance, pâli par la faim; il est même comme abêti par l'ignorance, ou flétri par le Yice. Mais qu'importe le passé mauvais? C'est visage d'homme : Entrez. Dans ces deux yeux il y a lueur humaine : Entrez! c'est ici la cité des hommes. Et ainsi, pour la prcmiére fois dans l'histoire humaine, la glorification du prolétariat sera la glorification de l'humanité, de l'humanité toute seule, de l'humanité tout cntiérc. Comment le prolétaire ne sentirait-il pas l'homme même et tressaillir et crier et ~spérer et combattre en lui? Comment l'égoïsme prolétarien, au lieu d'être l'égoïsme d'un indiYidu, ou même d'une classe, ne serait-il pas l'égoïsme sacré de l'humanité elle-même? ou plutôt comment ne serait-il pas à la fois, en une palpitation indivisible: égoïsme indi\·iduel, égoïsme de classe, égoïsme humain? Comment, par suite, le mouvement socialiste n'aurait-il pas à la fois la solidité et la netteté de l'intérêt immédiat, l'âpre et noble passion des rcYcndications de classe, et la grandeur des aspirations humaines? Oui, quand le prolétariat n ainsi à la bataille, il y a en lui tout à la fois, comme les trois rayons tordus par Vulcain en un seul éclair: appétit, passion, sacrifice. J'aYais le droit de dire que le socialisme ne dcYait pas chercher, hors de lui et au-dessus de lui, une morale! Qu'il était lui-même, pratiquement, une morale. De cette solidarité historique et, en quelque sorte, extérieure: le prolétaire, le prolétariat, l'humanité, il fait une solidaritc intime et de conscience. De même que par la pénüration de ces trois termes: le prolétaire, le prolétariat, l'humanité, le socialisme éléYe l'égoïsme jusqu'à l'idéal au lieu de le répudier; de même, en prenant pour fond et pour point d'appui les intcrêts matcricls, les besoins physiques, le socialisme éléYc le peuple à la vie intellectuelle. Prêcher au peuple surmcnc que la science est une belle chose, que la pensée est une noble puissance, est vraiment aussi facile que stérile. Comment pourrait-il go4ter les dclicatcsscs littéraires? Il connait à peine le mccanismc le plus grossier du _langage. Comment pourrait-il mcditcr les méthodes et les grands résultats de la science? Son ccrYcau est comme ccrasé par le labeur machinal. Comment s'amuserait-il ou s'abandonnerait-il aux hautes spéculations religieuses ou philosophiques? Elles sont ou trop abstraites pour lui, c'est-à-dire trop ctrangcrcs et indifférentes à sa propre vie, ou bien clics lui sont suspectes, car en ajournant à (< un autre monde » l'égalité et la justice, clics sont les complices d.c l'oppression capitaliste. Il n'y a donc pas ou presque pas de point d'attache entre la science ou la pensée et la Yie du peuple. Le socialisme, au contraire, dit à la multitude prolétarienne : Tu souffres; pourquoi souffres-tu? Tu es réduite au salariat; d'ou vient le salariat? Le régime capitaliste t'opprime. D'au vient le régime capitaliste? Comment
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