La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA RE\"UE SOCIALISTE lui-même l'humanité meurtrie? YOit-il au fond de sa propre souffrance la souffr:rncc humaine? et cspl'.:rc-t-il de son propre rcle,·cment le rcleYcmcnt humain? Qui fera, dans le mouYcment social, la part de ces trois forces: l'égoïsme n'.:fü.':chil,a dialectique inconsciente de l'histoire, la conscience profonde de l'humanité? Qui expliquera comment l'indiYidualité humaine peut être à la fois si close et si pént'.:trable? et comment il dcYient impossible de demêler dans le cœur de l'homme et dans le mouYcmcnt de l'histoire ces contraires ou ces prétendus contraires: l'égoïsme et le déYoucrnent? Celui qui aurait la clef de ces problerncs aurait le secret de l'homme et peut-être de l'uniYers. Le socialisme n'essaie point (et cc n'est pas son objet) d'en donner une solution théorique. Mais, pratiquement, et c'est par lù qu'il est une morale, en liant, dans son effort d'émancipation, le prolétaire au prolétariat et le prolétariat à l'humanité, il exalte et concilie toutes les puissances de la nature humaine: égoïsrilc et déYouemcnt, et par lui, l'appétit et le sacrifice, l'action secrète de l'histoire et l'action consciente de l'idée d'humanité présente au cœur, toutes les énergies qui sont dans l'homme ou qui sont l'homme même sont concentrl'.:cs Yers une fin supérieure : l'affranchissement et la joie de tous les indiYidus Jans l'humanité unie. Il ne s'arrête point à l'égoïsme brut, à cc qu'on peut appeler, par un apparent pléonasme qui est une nl'.:cessité, l'égoïsme indiYiduel, l'égoïsme làche. Cet égoïsme indiYiducl, il le laisse au régime capitaliste, qui en mourra. Car les capitalistes forment bien une classe; ils pcu,·cnt bien coaliser leurs intérêts particuliers contre le prolétariat; mais ces coalitions ne sont point un acte de solidarite intime. C'est une agglomeration et une confl'.:dération d'interêts particuliers. Il ne se produit pas, dans la resistancc capitaliste, cette sorte d'absorption de l'égoïsme indiYiducl en égoïsme de classe, et de l'egoïsmc de classe en égoïsme humain, qui caracterise le mouYcmcnt proletaricn. Le traYailleur, en se dl'.:Youant à lui-même, s'oublie lui-même pour le TraYail. Le capitaliste ne s'oublie jamais lui-même pour le Capital. Et les capitalistes auront beau se former en corps d'armée: le proletariat, :\ mcslirc qu'il entrera au socialisme, leur opposera une homogenéitl'.: morale bien plus forte. A quoi tient cette différence de l'égoïsme capitaliste et de l'égoïsme prolétarien? Elle tient à trois causes. D'abord les capitalistes dl'.:fen<lentdes biens prescnts, des intérêts immediats; dans l'ordre actuel, les aYantages de chacun d'eux sont détcnninl'.:s, prl'.:cis ; et l'ordre capitaliste leur apparaît toujoürs forcément sous une forme trl'.:sconcréte et très particulière: celle de leurs intén.:ts propres, de leur capital personnel. Au contraire, c'est Yers l'aYcnir, c'est Yers un ordre social nouYcau que sont tournés les proletaires; et si le senti-

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