DITRODt;CTIOl'-: A LA « ilORALE SOCIALE » ment de leur souffrance propre les anime, s'ils savent que le triomphe du prolétariat se résoudra en satisfactions indi\'iduclles pour les prolétaires, ils ne peuvent point d'ayancc, même par l'imagination, delimitcr et isoler dans la Yictoirc commune leur propre Yictoirc, et dans l'ordre nounau leur portion exacte de jouissances et de droits. La joie, la libération qu'ils espèrent pour eux-mêmes se confondent donc nécessairement, même au regard le plus aigu de l'cgoïsmc le plus âpre, avec la libération et la joie qu'ils espèrent pour le prolétariat tout entier. n'ans la lutte engagée entre la classe prolétarienne et la classe capitaliste, il y a des capitalistes; à peine peut-on dire qu'il y a des prolctaires; il y a plutôt un prolétariat, une force impersonnelle qui s'exprime par une conscience impersonnelle, par un égoïsme impersonnel. Et d'ailleurs, cc n'est pas seulement parce que, dans le lointain, les particularités se confondent que les prolétaires ne discernent pas, dans l'ordre futur, leur joie propre de la joie de tous: c'est parce que l'ordre socialiste est d'ayancc défini comme un régime d'égalitc harmonieuse où les indiYidus pourront se développer librement, mais sans jamais asscr\'ir les autres indi\'ldus, et où, par suite, la . vie indiYiduclle rnudra surtout par sa joyeuse participation à la \'le générale. La Société capitaliste est une mêlée ; la Soci6té collcctiYistc sera un accord. Ainsi l'ordre capitaliste est châti6 des maintenant par son propre principe. Ayant surexcité et déchainé, sans rcgle et sans frein, les appétits indiYid.ucls et les forces indiYiduclles, il pourra bien, contre le socialisme menaçant, organiser des coalitions. de forces ; mais ces coalitions n'auront pas d'unité morale. Il n'y aura pas, en ces 6goïsmes agglomérés, une âme de dèYoucmcnt. Ou bien, si les capitalistes, pour faire face à l'ennemi commun, mettent un terme à leurs riYalit6s, à leurs luttes Yiolentcs ou sournoises, s'ils suppriment, par exemple, ou règlent la concurrence, ils capitulent devant le principe socialiste, c'est-à-dire dcYant le socialisme luimême ; c'est-à-dire que l'ordre capitaliste porte en lui-même, quoi qu'il fasse, son arrêt de mort: ou il mourra de l'application de son propre principe, qui le lincra discordant et dèsagr6gé aux coups de l'ennemi, ou il mourra de l'adoption du principe adverse. Ou bien il périra de n'ayoir point de morale, ou bien il périra d'avoir introduit la morale socialiste, c'est-à-dire la solidarité, dans un régime social qui est csscnticllemcnt un antagonisme. Au contraire, l'ordre socialiste, qui sera solidarité, se n:alise, par une sorte d'anticipation morale, dans la conscience de ceux qui le préparent, en un sentiment de solidarité: c'est ainsi que, sans l'abolir et même en l'utilisant, il élèYe et transforme l'égoïsme instinctif des prolétaires. • En second. lieu, si l'égoïsme capitaliste ne peut être ennobli et
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