La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVüE SOCIALISTE Quand 1'1alon n'aurait fait que poser devant la démocratie, et pour elle, le haut problémc moral, il aurait déji rendu un trés grand scrYicc. li ne faut pourtant pas se méprendre. Le socialisme, tel qu'il s'affi.nnc et se bâtit peu à peu par l'effort quotidien du prolétariat, n'est pas une sorte de substruction grossit:rc i laquelle s'ajouteraient jour par jour de nouveaux blocs et qui aurait besoin d'un couronnement idéal imaginé par les philosophes. Le socialisme n'a pas besoin d'allumer sa lanterne pour aller à la recherche d'une morale; il est déjù, par lui-mème et en lui-mèmc, une morale. ;,;ous n'attendons pas de révélateur : S'il est des « imcs » qui souffrent aujourd'hui, ou pretcndcnt souffrir, de leur propre Yidc et du Yide de la vie, cc n'est point parmi nos militants qu'il les faut chercher. Ils ne demandent pas une foi à tous les échos ou à tous les passants : ils en ont une, et clic leur suffit pour l'action : elle leur suffit aussi, dans la mesure des joies humaines, pour le bonheur. Je dis que le socialisme est en lui-rnèmc une morale. li l'est pratiquement et théoriquement. Pratiquement, il développe de plus en plus dans les multitudes humaines, jusqu'ici linécs i l'incohérence et à l'égoïsme des efforts individuels, l'idée de la solidarité. Certes, c'est pour le bicn-ètrc et l'affranchissement des travailleurs que les travailleurs luttent : mais cc n'est point à eux, personnellement, que le socialisme leur dit de penser. Il leur apprend, au contraire, qu'ils ne pourront trouver des satisfactions individuelles, fermes et durables, que dans une organisation sociale noll\·cllc, que cette organisation ne peut sortir que d'une évolution économique profonde, et que cette évolution, le prolétariat peut b hàter, mais qu'il n'y peut suppléer. Donc, les militants socialistes combattent-ils pour cux-mèmes, ou pour leurs camarades, ou pour leurs enfants, ou pour les enfants de leurs enfants? lis ne le savent point, et c'est dans cette noble incertitude qu'ils vont tous les jours à la bataille, affrontant ou les privations ou les périls. Certes, ils ne formulent point la doctrine de la résignation ou du sacrifice : Car la résignation, quand cc n'est point à l'inévitable qu'elle se soumet, n'est que lâcheté, et le sacrifice, quand il perpétue l'iniquité parmi les hommes, est le complice de cette iniquité. Ils ne se donnent pas non plus l'air de dédaigner le bien-ètrc matériel : c'est celui-là d'abord qu'ils réclament. Ils laissent aux bons apotres, rassasiés de confort, l'exclusif souci de la vie idéale. Ils sont des l'.·goïstcs, eux, et brutalement : ils veulent viYrc, et bien viuc, et ils ne le cachent point ; et comment aboutiraient-ils, comment renverseraientils l'ordre capitaliste, mèrnc miné par la force des choses, si leurs revendications s'é,·aporaicnt en subtilités? ~on, il faut qu'il y ait en clics l'énergique poussée des instincts élémentaires. La faim n'est pas

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