La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

THÉATRE ou simplements intelligents) ne veulent préparer ces solutions par des actes. Le seul résultat qu'ait encore obtenu la longue plainte des malheureux, c'est qu'on l'écoute avec moins d'égoïsme. * * * Si MM. Paul Adam e1.Gabriel Mourey se sont bornés aux aspects généraux du débat, aux raccourcis synthétiques, sont-ils moins simplistes dans l'indication des remèdes qui peuvent mettre fin au conflit et en rendre le retour impossible? Suggèrent-ils des idées neuves et justes pour une entente définitive ? Font-ils entrevoir le plan d'une organisation plus rationnelle? Non. Une fusillade, expédient brutal qui terrorise, mais ne conclut point le débat, un léger sacrifice, satisfaction insuffisante demain, terminent leur drame. Les ouvriers se courbent à nouveau sous le vieux joug dont ils sont aussi las qu'avant la grève. Plus tard, ils se dresseront encore pour la justice. Ce n'est qu'un évènement de la longue lutte pour l'affranchissement. Il n'est qu'un arrêt en attendant demain,. Et c'est demain que nous devons prévoir. Ce sont des idées sur l'avenir que les sociologues du roman et du théâtre doivent nous apporter. D'autres dramatistes que les auteurs de l'A·utomne pourraient répondre qu'ainsi vont les choses dans la réalité, que l'on fusille parfois des grévistes et qu'on leur fait abandon de quelques centimes, pour rétablir l'accord, mais MM. Paul Adam et Gabriel Mourey sont de ceux qui se préoccupent beaucoup plus d'exprimer leurs idées personnelles au Théâtre et dans le Livre que de rendre la vie en son immédiate vérité. Pourquoi, tout en nous montrant comment l'entente momPt1tanée se rétablit d'ordinaire, par des brutalités, avec des germes de désaccord pour l'avenir, ne nous disent-ils pas sur quelles bases précises et plus justes l'unité des intérêts contradictoires pourra se faire un jour, selon eux? La science sociologique le prévoit, MM. Adam et Mourey sont renseignés sur ses prévisions et ils ne sont pas hommes à se contenter de récriminer sur le présent sans avoir sur l'organisation de l'avenir des idées précises. D'autres diraient encore qu'ils font du théâtre et non de la sociologie, mais nos auteurs sont de ceux qui ne se servent d'une forme d'art que pour exprimer des opinions, une philosophie, une corruption morale ou sociàle et je ne vois pas que leur seule ambition soit d'émouvoir. Ils veulent aussi renseigner et travailler, pour leur part, à saper la vieille société chancelante et à élucider les idées de justice et de morale naturelle sur lesquelles s'édifiera le monde nouveau. Assurément, intéresser, émouvoir, d'aucuns diront amuser, faire vivre des hommes, bâtir des caractères, c'est un but suffisant pour un romancier ou un auteur dramatique. Car ces études lui permettent d'apporter, à l'occasion, des éléments nouveaux pour la constitution

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