628 LA REVUE SOCIALISTE sortes de dialogues. Ce formulaire, qui donne les résultats et non les causes. est forcément banal et simpliste: (< Nous avons faim, crient les malheureux, les conditions du travail ne sont pas bonnes. Le salaire de notre labeur est insuffisant'>. - « Nous ne pouvons faire plus. affirment les autres, notre capital court des , isques, la concurrence nous ruine. Les derniers sacrifices possibles ont été consentis 'L Tel est toujours Je premier entretien après la rupture. Dans la réalité, il n'apprend rien de plus. Dans leur pièce, MM. Adam et Mourey n'ont pas fait un exposé plus complet des causes du désaccord, une critique plus approfondie des conditions actuelles de la production. Ils s'en tiennent aux plaintes usuelles. au cri suprême de la misère qui n'en peut plus. Ils nous montrent dramatiquement que des gens meurent de faim mais ne nou!-disent pas co111111ent ils meurent de main. Nous aurions aimé que de tels écrivains ne s'en tinssent pas à ces généralités et nous fissent une critique lucide des conditions actuelles du travail. Nous attendions d'eux davantage, parce que nous les savons renseignes et clairvoyants. Dans la vie réelle et aussi dans la pièce de MM. Paul Adam et Gabriel Mourey, après cette ,·aine confrontation des intincts antagonistes, on persiste dans les justes re\'endications. La misere s'accroit par le chômage. Elle fait perdre le sang-froid, excite d~s fureurs d'autant plus ,·iolentes que les ouvriers sentent confusément que leur révolte sera inefficace et n'aura d'autre résultat que de compliquer leurs détresses. Alors, dans une folie de désespoir, on se rue autour de l'usine. contre les grilles de la maison patronale : Ce ne sont que \'Ociférations et menaces. Rien n'est poignant comme cette colère de gens exaspérés par des souffrances trop longues. Au théâtre, cela émeu: la sensibilité. les nerfs, agit avec une rare puissanee d'émotion. Mais au théùtre, pas plus que dan~ la \'ie, cela n'apprend rien et nous souhaitons que les auteurs nous renseignent en même temps qu'ils nous émeu,·ent, et mèmc qu'ils nous émeuvent intellectuellement, par la simple mise en valeur de toutes les causes de souffrances. En ce paroxysme de \'iolences. l'accord raison11able des volontés et des intérè1s n'est plus possible. Les ouvriers exigent. L'industriel s'entête par amour-propre autant que par calcul. Et si, à la fin, une entente s'établit par suite de certains faits violents, tels qu'une fusillade ou le manque absolu de pain, ce n'est qu'une soumission sournoise et contrainte. non un accord libre, c'est une paix momentanée et précaire qui sera dénoncée à la-première occasion favorable. Sans doute, dans l'état actuel de la science sociologique et surtout dans notre désir grandissant de justice sociale, on entrevoit des solutions à ce ~ontlit, des métamorphoses possibles dans les conditions du travail. mais ni l'Etat ni les particuliers (sauf quelques êtres généreux
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