608 LA REVUE SOCIALISTE Cette lutte électorale à Stockholm, qui fut su1v1e avec le plus grand intérêt par le pays entier, eut son écho dans le Parlement du peHple convoqué au mois de mars 1893 à Stockholm, car la fraction anti-socialiste des libéraux chercha à y enlever aux socialistes toute influence sur les révolutions. Mais au cours des débats on comprit enfin, comme les socialistes l'avaient prédit, que ni le roi, ni le Reichstag, ni les cl,efs libéraux du Reichstag ne consentiraient à accorder le suffrage universel, et peu à peu le centre de gravité du Parlement du peuple alla plus à gauche. Les résolutions les plus importantes, telles que le rejet de toutes propositions tendant seulement à étendre le suffrage actuel, la recommandation des moyens employés par les Belges pour briser la résistance des classes dirigeantes, l'adresse de sympathie à la gauche norwég1enne qui opposa aux menaces de guerre de la Suède officielle une menace de séparation de la Suède et de convocation d'un Parlement du peuple norwégien furent adoptées par les socialistes et les jeunes radicaux réunis. Le manifeste même du Parlement du peuple au peuple suédois, le testament politique de cette démonstration imposante, est sorti de la plume d'un socialiste. Plus encore que jusqu'ici les ouvriers suédois réussiront, sans doute. aux élections actuelles de la seconde Chambre à accentuer la question du suffrage universel comme la principale. L'avenir nous montrera si la force nécessaire existe déjà pour résoudre bientôt cette question. En tous cas les dirigeants de la Suède ne peuvent pas s'excuser et prétendre qu'ils ont prouvé par la pratique que la classe ouvrière n'a pas besoin du :,uffrage universel pour amener une législation ouvrii'J'e contemporaine. Celle-ci a été jusqu'ici complétcment négligée. Une loi contre le surmenage des enfants, mais mal observée,_ n'existe que depuis 188j. En 1884 le député libéral S. A. Hedin porta la question de l'assuran~e pour la viei liesse et contre les accidents et maladies devant le Reichstag. Une commission fut nommée qui recueillit des matériaux sans valeur sur les conditions ouvrières. ' Ainsi elle trouva, d'après le dire des ·fabricants, que la journée du tra\·ail dans l'industrie était de 11, 2 heures et le salaire moyen 612 couronnes (ou 826 fr.) par an. Le cens politique est de 800 couronnes,· c'est-à-dire que pour être électeur, il faut avoir un revenu de 800 couronnes au moins. Telle est la vie des ouvriers suédois les mieux rétribués, et on peut s'imaginer la situation de la grande masse des ouvriers de la campagne! La plupart des propositions de la commission furent rejetées par la Chambre; cependant une loi sur les accidents du travail fut adoptée t depuis 1890 la Suède a trois - dites bien trois - inspecteur des
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