La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

606 LA REVUE SOCIALISTE Sans doute il y a encore diverses nuances dans la social-démocratir suédoise. mais le caractère sectaire s'efface de plus en plus. li est très compréhensible que les ouvriers suédois concentrent ces temps derniers toute leur force pour obtenir le· su/fi·aye 1u1irf'1·sel Pt direct lequel, pour le moment, est inclispensable à la réalisation de leurs revendications. Un quart seulen1ent des citoyens suédois sont électeurs ce qui naturellement n'empêche pas que les trois autres quarb, de supporter comme les privilégiés les mêmes contributions toujours croissantes et le serviœ militaire. L'extension du suffrage universel est déjà depuis 1880 le vœu des petits bourgeois, mais ce furent les socialistes qui engagèrent une propagande populaire et orageuse dans ce but. Les libéraux, pour ne pas perdre toute leur influence sur la masse, se ressaisirent aussi, commencèrent dans leur presse provinciale très répandue, la campagne pour le suffrage universel, fon0èrent dans le pays entier des .,ocietésdusu(Frage itniverse/ et unirent enfin tous les ftls dans les mains habiles de leurs chefs. Les socialistes firent mine, au début. de qualifier de (ourberie cette propagande des libéraux, mais changèrent bientôt de tactique et recherchèrent leur appui pour l'établissement du Pal'le111enldu 7Jeup[e. Les libéraux s'opposèrent longtemps à cette entente. Un con[Jl'(~Sdu sufl'ra11euniversel, tenu en 1891 à Gothenbourg, rejeta le Parlement du pwple, mais le congrès suivant, tenu à Stockholm au mois d'avril 1892, accepta la proposition presq u'à l'unanimité, sous la condition cependant que 200,000 citoyens signassent jusqu'au 1c1• octobre 1892, une pétition ayant pour objet le suffrage universel et se déclarassent pour un Parlement du peuple qui devait chercher les moyens d'obtenir le suffrage universel. C'est grâce à l'excellent tra\'ail organisateur de David /Jergstl'œtn, le nouveau secrétaire général des sociétés llit sufl'l'(l_(Jeunirersel, que cette dure condition fut remplie ; la pétition eut 210.000 signatures et fut, dans un pays de moins de cinq millions d'habitants, une manifestation grandiose. Environ 150,000 citoyens (parmi lesquels quelq~e mille citoyennes) prirent part aux élections du Parlement fictif qui eurent lieu vers la fin de l'année comme des élections effectives. Il faut se rappeler qu'aux élections de la seconde Chambre, jamais plus de 130,000 citoyens n'ont exprimé ieurs votes. Dans la propagande pour le Parlement du peuple les libéraux et socialistes s'arrangèrent sans compromis préalable, de sorte ,que les premiers travaillaient surtout la campagne et les derniers les grandes villes. Le même snwn cuigue fut en général observé aussi aux ékctions pour ne pas donner aux adversaires communs la joie des divisions intestines. Les ouvriers des villes élurent presque partout des social-démo-

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