La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LE MOUVEMENT OUVRIER SUÉDOIS 599 situation économique et le manque de droits sociaux de la classe ouvrière suédoise. Sundswall, ville maritime en Norrland, est le centré de la grande industrie de bois; de grandes scieries l'entourent et occupent un grand nombre d'ouvriers. L'enchérissement des vivres obligea les ouvriers à demander une augmentation de salaire qu'on leur refusa; alors, quoique sans organisaticn quelconque, ils se mirent en grève. Cette grève se distingua par le plus grand ordre et un calme absolu; les grévistes firent fermer tous Jes cabarets et les tavernes et ouvrirent même leurs r'éunions par des prières et des cantiques. Malgré cela quelques propriétaires des scieries demandèrent des secours militaires. Le préfet Tretfenberg, ne se fit pas prier longtemps pour cela et s'empressa de les envoyer immédiatement. Il fit venir des troupes de Stockholm, entoura les grévistes inoffensifs, les accosta comme des criminels vulgaires, leur commanda d'abandonner leur dessein d,, 1·éuellion, arrêta quelques ouvriers comme meneurs rérolutionnaires et obligea les autres à reprendre le joug en les menaçant de les faire arrêter tous comme vagabonds, parce qu'ils n'avaient pas de travail régulier. Ce mode tranchant de régler les difTérends entre les ouvriers et les patrons provoqua un véritable orage d'indignation parmi les ouvriers, et ils commencèrent à comprendre la nécessité de la lutte des classes. Le premier agitateur socialiste en Suède fut le tailleur Auguste Palm qui s'était inspiré du socialisme allemand en Sleswig. li apparut comme le premier oiseau du printemps à Stockholm, mais il n'y eut aucun succès et se retira dans la Suède méridionale, à Malmœ, où il publia avec beaucoup de difficulté en 1882 un petit Journal « La volonté du peuple » qu'il colporta lui-même. Par contre, en 188,, une assemblée d'ouvriers à Stockholm avait décidé, à cause de l'insuffisance complète des sociétés oiwrières. la création des sociétés professionnf'lles sur le modèle des Trades-Unions anglaises pour sauvegarder les intérêts des ouvriers contre les patrons. De pareilles sociétés professionnelles existaient déjà depuis longtemps parmi les« aristocrates du travail >>, les typographes et les relieurs, mais n'avaient aucune tendance de se généraliser. Mais les.ouvriers du bois, les ouvriers métallurgistes, les tailleurs etc., entraient maintenant dans les rangs des ouvriers organisés. L'organisation des sociétés professionnelles fut entrav~e pendant quelques années par une circonstance bizarre connue en Suède sous le nom de ,< Mouvement circulaire de Smith>', Un grand distillateur L. O. Smith tâcha de mobiliser les ouvriers pour ses spéculations contre le m()nopole municipal de l'eau-de-vie en leur promettant à bon marché de la bonne eau-de-vie et tous les avantages des sociétés ,

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