La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LE SOCIALISME EN ALLEMAGNE paiement ait eu à lutter c?ntre beaucoup de difficultés, surtout de nature financière. On admettra bien qu'avec une organisation politique aussi étendue et compliquée il soit presque impossible de tout diriger d'un point central; un droit d'association si restreint amène et oblige en quelque sorte à la décentralisation. Peu à peu les organisations existantes se sont groupées dans presque tous les Etats de l'empire en fédérations indépendantes. Celles-ci, ayant également pour base le système de délégués plénipotentiaires et ayant à leur tête un comité d'agitation en relation avec la direction centrale du parti, s'imposent toujours davantage. D'aucuns s'inquiétèrent de cette tendance décentralisatrice, craignant qu'à un moment donné l'unité d'action ne pùt être paralysée; cependant l'expérience a démontré que l'esprit de discipline socialiste est assez fortement enraciné pour que le progrès général ne soit guère entravé par la forme de l'organisation, Bien faible et d'importance toute secondaire est resté le mou~ement corpciratif ; son développement ne se trouve pas en proportion du développement général du parti ; toutefois il a fait des progrès. D'après une statistique établie en 1877 le nombre des ouvriers syndiqués s'élevait à ce moment à 50,000, tandis qu'en 1892, suivant une statistique de leur comité central (Géneralcommission) les 52 fédérations syndicales comptaient 227,023 membres. Les recettes totales de ces fédérations s'élevaient à 2.539,909 fr., les dépenses à 2.232,838 fr. et le solde en caisse à la fin de 1892 était de 783,017 fr. 50. En 1877 quinze pubications périodiques servaient les intérêts du mouvement; aujourd'hui il en compte 55, dont quelques-unes ont jusqu'à dix mille abonnés. Ce mouvement corporatif a été appelé en Allema!(ne l'enfant terrible du parti socialiste. Sa marche relativement lente a été l'objet d'interminables polémiques de presse et au dernier congrès de Cologne a donné lieu à des discussions et à des débats très animés. • Pendant que Legien et ses amis ·,oient en lui le principal levier de l'émancipation prolétarienne et donnent comme cause de sa stagnation relative l'indifférence que lui témoignent les militants socialistes, Bebel déclarait à Cologne aux applaudissements 9e la majorité des délégués que la concentration industrielle toujours plus puissante tend à étouffer peu à peu le mouvem~nt corporatif, « lui coupe un à un les fils de la vie ». Le fait, a dit l'orateur. que dans ces dernières années presque toutes les grèves importantes ont été suscitêes par les entreprises à grands capitaux et que les ouvriers ont dù se borner à la défensive, prouve que la puissance du capital augmente avec une vitesse que ne peut suivre le mouvement corporatif, affaibli par des crises toujours plus longues et plus fréquentes. La puissance politique du parti,

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