La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE exercée par ses mandataires dans les corps législatifs ainsi que par notre presse, aura seule raison des envahissements du capital. Nous nous abstenons de commenter ces déclarations. Elles sont la résultante de deux points de vue différents. ayant leurs partisans dans presque tous les pays où le mouvement ouvrier est développé et ne présentent donc rien de nouveau aux lecteurs de la Re'lmeSocialiste. Nous estimons que si le mouvem~'.nt corporatif n'a pas encore acquis en Allemagne la place qu'il doit avoir, c'est surtout aux conditions défavorables dans lesquelles il a dû se développer qu'il faut s'en prendre. Cependant l'appui nécessaire, qu'il était en droit d'attendre des chefs du parti, lui a souvent fait défaut. Les Lassalliens qui ava;ent la haute main au sein du parti, jusque il y a une vingtaine d'années, étaient opposés à tout mouvement d'organisation syndicale et ils allèrent jusqu'à demander qu'aucun membre de la fédération ouvrière allemande (l'organisation politique de ce temps-là) ne pùt faire partie d'une association coopérative. Plus tard, pendant les lois d'exception (1878-1890) on 'se vit contraint de faire bonne figure aux syndicats. Dans l'impossibilité de tenir d'autres réunions politiques, on fut bien aise de pouvoir se servir d'eux dans un but politique et ils furent appuyés quelque peu pour se voir délaissés à nouveau après l'abolition des lois d'exception. L'époque qui suivit fut un temps de crise économique et par là même très défavorable aux syndicats ; les sociétés nouvellement fondées ou en formation, furent souvent étouffées dans le germe. Les grandes grèves, telles que celles des cigariers, des mineurs et des typographes, furent des défaites presque des désastres. 11n'est donc pas étonnant. qu'un certain découragement se soit emparé des esprits et ait donné jour à des sentiments pessimistes. Dans les grands districts industriels du Rhin et de la Westphalie, dans les usines monstres d'un Krupp et d'un Stumm, tous les essais d'organisation ont été jusqu'ici stériles_. Le pouvoir ~conomique du capital concentré est en fait trop considérable pour qu'il ne les rende pas impossibles. Il en est de même des exploitations de l'Etat qui occupent des centaines de millions d'ouvriers (on se rappelle que les ch;)mins de fer sont propriété de l'Etat). Là aussi l'organisation corporative a été jusqu'ici impossible; la puissance administrative du gouvernement est trop absolue pour en permettre même un essai timide. Si l'on ajoute que les travailleurs agricoles, les domestiques et les marins ne peuvent se syndiquer, étant directement privés du droit de coalition et que la législation ouvrière (surtout les lois d'assurance) a enlevé aux corporations ·un vaste champ d'opérations, puisque l'Etat a pris en mains l'assurance·en cas de maladie, d'accident et contre la vieillesse ; si l'on condidère toutes ces difficultés, contrariant le développement normal des syndicats professionnels, on ne s'étonnera plus de leur faiblesse numériqne.

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