LA REVUE SOCIALISTE L'école (prise dans le sens large du mot) dont les représentants les plus éminents sont restés Marx comme théoricien et Lassalle comme agitateur était déjà fondée; la docti·ine socialiste avait des bases scientifiques solides lorsque le développement industriel commença son bouleversen~ent économique. A mesure que celui-ci engendra le prolétariat, on pouvait jeter à pleines mains la semence socialiste dans ses rangs. Appuyés sur l'expérience que le mouvement ouvrier avait dù faire dans d'autres pays, les militants purent épargner à notre prolétariat bie~ des désillusions et des déboires; plus clairvoyants et d'une érudition reposant sur l'étude approfondie des sciences sociales, ils déjouaient de suite énergiquement les promesses décevantes des économistes et des porte-paroles des partis libéraux et ils écartaient de ce coté un danger menaçant. Les représentants du Laisse.=-f"aire et les apôtres de l'A ide-toi exclusif furent battus, avant même qu'ils eussent formé leurs cadres. On ne saurait trop insister sur ces débuts heureux de la politique ouvrière, qui, dès le commencement ferme et indépendante, aboutissait au rejet impitoyable de toute promesse d'émancipation bourgeoise. Tandis que dans d'autres pays le gros de l'armée prolétarienne suivit pendant longtemps les partis radicaux, bercé par des promesses que ceux-ci ne purent ni ne voulurent jamais tenir, la masse des travailleurs allemands se réunit sous le drapeau rouge, le drapeau du collectivisme. La meilleure banîère pour empêcher le jeune parti de quitter la voie où il s'était engagé fut l'attitude des partis bourgeois et nobles, qui, malgré leurs querelles intestines, étaient singulièrement unis dans leur lutte contre le socialisme et accordaient au Gouvernement tout ce qui pouvait lui servir pour le combattre. Ces mesures qui d'un côté· devaient entraver l'initiative et le déve1oppement individuel resserrèrent d'autre part les divers éléments du parti et lui donnèrent une si grande impulsion que chaque élection fut pour ses adhérents un noll\·eau succès, prouvant par là que la tactique suivie par les gouvernants était mauvaise et stérile. L'histoire confirme que les hommes placés au haut de l'échelle sociale ont presque toujours été les premiers à apercevoir le danger qui les menace d'en bas. C'est dans les cercles de la cour que l'on vit en premier lieu l'inutilité du système oppressif et ;nquisiteur. Alarmé de la puissance du mouvement ouvrier, on pensa l'affaiblir et lui enlever de sa popularité en accordant aux travailleurs quelques unes de leurs revenditations. Les premières lois de protection ouvrière qui, comme Bismark le déclara lui-même, ne furent finalement votées par les partis réactionnaires que sous l'effet de la crainte, sont dûes à l'initiative des Hohenzollern et à leurs conseillers les plus autorisés. Guillaume Il qui, depuis son avènementau trône a donné au monde
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==