LE SOCIAI.ISME EN ALLEMAGNE force magique, qui le préserve contre toutes les machinations et les projets d'anéantissement de ses ennemis. Certes, il nous siérait mal de nons vanter de ces progrès, ils ne sont qu'en partie notre œuvre; mais qui songerait à nous blâmer, nous, socialistes allemands, qui avec une colère sourde avons dû toujours et toujours constater que les représentants de notre régime officiel, avec leur politique extérieure hautaine et provocante, ont fait tomber I'Allemagne en discrépit auprès de tous les peuples étrangers; nous qui savons que nos institutions politiques vicieuses et l'arbitraire de notre régime policier et militaire font à bon droit paraitre notre pays arriéré et menaçant pour la paix; qui pourrait nous blâmer, si nous nous réjouissons à la pensée de fournir au prolétariat international, se préparant pour le combat décisif une armée bien disciplinée et si nom•- breuse? ,( C'est une joie de vivre», s'écriait au temps des luttes de la réformation un vaillant héros, Ulrich de Hutten, dont les cendres reposent dans la petite ile d'Hufenau, près de Zi.irich; c'est une joie de vivre répétons-nous, en nous voyant en si beau chemin, dans la consolante certitude d'une victoire prochaine. II l\Iais d'où vient ce revirement d'idées? Qpelles en sont les causes premières et prédominantes? Le mouvement ouvrier moderne - nous serons unanimes à le reconnaitre - puise sa force principale, comme dans une source intarissable, dans les injustices économiques actuelles. Les conditions d'existence précaires, nées du régime politique et économiqui:: sont avant tout la cause du mécontentement général, qui met les masses en mouvement et les pousse dans les bras du socialisme. Rien de plus vrai pour l'Allemagne. Ici, où, quoique tardivement, l'évolution économique dans son développement rapide et ininterrompu a révolutionné en trente ans tous les rapports sociaux et créé des armées entières de prolétaires: où. en outre, la bourgeoisie dirigeante, s'inspirant de la politique rétrograde, intéressée et brutale des puissants seigneurs ruraux, qui tiennent sous leur domination l'Est de l'empire, appuyée encore par un cléricalisme agressif, enlevait à ce prolélariat presque toute liberté d'action et d'association, la propagande socialiste devait abondamment porter ses fruits . .11faut ajouter que cette propagande pouvait être ici plus méthodique et plus unitaire que dans tout autre pays. Les raisons en sont manifestes. E_nAllemagne l'idée socialiste moderne était née longtemps avant que les causes matérielles du mouvement ouvrier existassent.
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