La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE Champ-de-Mars et du Palais des Champs-Elysées, la société dirigeante serait désormais en proie à toutes les affres de la nervosité ~t aux contorsions du mysticisme. Les artistes se font les servants des malaises et des manies du jour, et en nous donnant à contempler le portrait de leurs modèles, ils font aussi leur confession inconsciente. lis exhibent donc les commérages de la névrose, les sensations décou~ sues qui tomb~nt de l'agitation à la torpeur. Le caractère distinctif de la grosse production ct·aujourd'hui, c'est le souci théâtral de l'exhibition. Chacun se hisse. se montre, cherche à se faire apercevoir dans l'éclairage de la réclame. Les moyens les plus expéditifs sont naturellement choisis comme les meilleurs. De là, cette épidémie d'imitations si violemment propagées. A chaque pas, c'est la rencontre avec une manière individuelle reconnaissable, obsédante, et en rnème temps, cela va de soi, diminuée, trahie, incomprise. Tous les procédés expressifs sont immédiatement assimilés par les bandes vorace des suiveurs, et tous les mouyements d'idées, viables ou non. immédiatement adoptés par les stériles. Nous errons donc, à travers les salles, en quète d\111 langage humain, et nous rencontrons surtout des formules de langage, depuis le plein air et la lumière des impressionnistes, jusqu'aux intérieurs et aux visages voilés des scrutateurs de la pénombre. Toutes les manières classées dans les musées de tous les pays sont présentes, et même les découvertes de tout à l'heure sont absorbées. La tradition servilement acceptée et la nouveauté dégénérée en excentricité marquent cet amas è'œuvres de hasard. Les jeux de l'année sont exploités avec une hâte fébrile. Les faits et gestes de Napoléon sont décomposés en innombrables et futiles anecdotes. Les larves de la religiosité se collent a toutes les murailles. IV A elles seules, est-ce que cette imagerie du premier Empire et cette esthétique du quartier Saint-Sulpice ne suffiraient pas à prouver, , jusqu'à l'excès, l'influence sociale ressentie ~ar !"art. Toutes les îdées trouvent là leur véhicule. lei, le véhicule est en gé1Jéral médiocre. La curiosité bibelotière domine dans le mouvement napoléonien. Les peintures mystiques sont des alliages de puérilité enfantine et de métier appuyé avec je ne sais quoi de maladresse voulue, de lourdeur mystificatrice, de désir de duper, qui suffirait à motiver tous les éloignements. Je sais bien qu'il y a, là comme partout et toujours, des exceptions à faire, et je ne m'y refuse pas. Ainsi, M. Léon Frédéric, par exemple, se sauve de quelques reproches, par le labeur vraiment attentif, l'effort certain, révélés par son tryptique : Tout est mort. Il reste l'impression pénible d'un programme singuiier, d'une imagina-

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