La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LE SALON DE 1894 gination méthodique, devant cet amas de cadavres, dévorés par les flammes, assommés par les pierres, devant tous ces corps d'hommes, de femmes, d'enfants, exécutés minutieusement, avec un évident amour de la forme, et un souci d'archaïsme. Mais comment le mystique, si mystique il y a, explique-t-il J,i représentation du Père Eternel classique, et même banal, dont il a installé la barbe poncive et la désolation incompréhensible dans les nuages. Aujourd'hui. cette gaucherie de l'anthronomorphisme fait so·irire. et cette représentation de l'idée de Dieu n'est plus ..o. nvaincante. Le mysticisme, qui veut être la peinture du surnaturel, échoue précisément lorsqu'il arrive au surnatu~el. C'est. la même aventure qui est arrivée à M. James Tissot, dont l'œuvre considérable, près de trois cents compositions consacrées à évoquer la Vie de Jésus-Christ, prend l'attention et éveille la sympathie. Lui aussi, lorsqu'il a voulu mêler au drame qu'il raconte la notion du surnaturel, a Ùé oblig-é de faire capituler son calcul d'observation et de précision. Mais pour tout cc qui est transcription de paysages, détail de mœurs, mise en scène archéologique, partout où il a marché sur le terrain solide de la réalité, aidé par les documents, secouru par ses intuitions, M. James Tissot a fait aboutir son œuvre. De même, par le costume des êtres, par le rôle qu'ils jouent, par les expressions de leurs physionc:.,mies, par leurs gesticula.ions, par toutes les preuves de leurs instincts et de leurs sentiments. Il a marqué ainsi le caractère des apôtres, les sournoiseries et la force d'intrigue des pharisiens et des princes des prêtres, les agitations de la foule. Tout cela, il l'a encore trouvé présent sur les visages de là bas, au cours des deux séjours faits en Palestine.De même, pour les personnages qui sont le plusprèsduChrist, la Vierge. Joseph, Jean, il s'en est tenu, avec une prudence volontaire, à la vérité locale. Pour le Christ, il a marqué davantage l'exception, et il a su, plusieurs fois. devant les insinuations des adversaires, les pièges des paroles, rendre perceptibles, sur le lumineux visage, l'intelligence qui pénètre les desseins cachés, la franchise en contact -avec le mensonge. A la fin. depuis l'arrestation jusqu'à la mort, tout au long du supplice et de l'agonie, la souffrance humaine apparaît, s'atcentue jusqu'à l'heure où le corps n'est plus que meurtrissures et plaies, une triste loque sanglante où il n'y a plus d'un peu vivants que les yeux. Pour l'enseignement moral qu'a certainement vo'ulu M. Tissot, et qu'il a surtout figuré par un grand tableau, en dehors de cette série, où le Christ vient visiter des loqueteux réfugiés dans les ruines et les exciter à la résignation, il est impossible de ne pas voir, tout d'abord, que cet enseignement a été desservi par ceux-là même qui s'étaient donné fonction de le répandre, et ensuite, qu'il a été, par une conséquence toute naturelle, dépassé par le savoir et par le désir humains. Le christianisme a surtout installé un leurre pour les masses humaines, une promesse de paradis futur en échange de la soumission présente aux

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