LR SALON DE 1894 579' I I I Il n'est pas besoin, ici, dans cette Revue, d'examiner par le détail la production exposée au Salon. Ce sont des déductions un peu générales qu'il, importe d'extraire, et non des descriptions détaillées. Au surplus, les journaux abondaient en plans, en renseignements et en images. au matin même de l'ouverture des portes, et depuis, on a eu le temps de quelqties promenades. A première vue, c'est le factice qui l'emporte. Tout naturellement, l'art de l'année reflète l'irrésolution, l'au-jour-le-jour, l'actualité d'un instant. Les artistes ont suivi le courant de mode et d'intérèt par lequel s'en vont à la dérive tant' de forces vives de la nation. Comme beaucoup d'autres, ils cherchent des satisfactions immédiates de possession et de jouissance qui leur font délaisser leur vraie fonction. Cette fonction. la plus élevée de toutes, serait de donner à l'homme, par les résumés de l'art, la signification de la vie, de hausser sans cesse. par plus,de vérité et par plus de beauté, la notion de nature et la notion de _l'esprit, issu de cette nature. Chaque fois que l'art a dé expressif, complet, à la mesure de son rôle, l'homme a troll\·é en lui le réconfort et l'exaltation. Ce n'est pas un prêche d'idées que je réclame, une peinture à intentions. Non, mille fois non. La formule des thèses m'importe peu, et la profondeur d'observation et de réflexion chez un artiste issu d'un milieu, représentatif d'une société, m'émeut bien davantage, et a toujours ému l'humanité, puisqu'elle conserve si précieusement ces témoignage d'elle-même. (hie la vie apparaisse donc forte, joyet)se et épanouie, ou pensive .et triste, et l'art qui est la conscience des choses, aura rempli son but. Mais si les productions d'art sont marquées de la fugitive marque commerciale, ne font que prouver le désir de leurs auteurs de prendre leur part des avantages sociaux alloués aux privilèges, ces productions seront forcément classées parmi les symptômes non équivoques de la maladie de notre temps, qui est l'amour du gain. La recherche du succè~ elle-même ne vient qu'en seconde ligne, est subordonnée au gain, ne prend une importance que comme moyen de gain. On pense bien ici que la tare n'est pas signalée comme existante chez les seuls artistes et que son existence pourrait être montrée dans tous les milieux, sans exception. C'est la même impatience, la mème avidité, la même recherche des chimériques jouissances, qui fait aux ouvriers et aux employés jouer leur paie sur le champ de courses, et aux artistes bâcler leur œuvre avec l'espoir du prix fort. Cela prouve, d'ailleurs, à la déch:trge de tous, l'insuffisance du travail et la non sécurité de la vie. S'il faut en croire la plupart des images de nos mœurs et de nos sentiments qui sont aujourd'hui affichées aux murailles du Palais du •
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