554 LA REVUE SOCIALISTE <, écrits. Or, presque partout, l'héritage s'est transmis suivant la filia~ << tion, tantot maternelle, tantôt paternelle; mais, c1·est seulement « dans le régime monogamique que la parenté des enfants est la même ,, pour tous dans la ligne paternelle aussi bien que dans la ligne mater- ,< nelle. » Letourneau n'indique point comment et pourquoi le droit paternel remplaça le droit maternel. Engels, que n'arrête aucune considération sociale, précise ce point: « A mesure, dit-il, que la fortune s'augmen- « tait, elle donnait, d'une part, à l'homme, dans la famille, une « situation plus importante qu'à la femme, et, d'autre part, faisait « naitre chez lui l'idée de se servir de cet avantage pour ren,·erser au « profit des enfants l'ordre de succession établi. Mais cela ne put se « faire tant que resta en vigueur la filiation d'après le droit maternel. « Celle-ci devait donc être abolie, et elle le ful, en effet; il suffit de « décider qu'à l'avenir les descendants d'un membre masculin reste- « raient dans la gens, mais que ceux d'un membre féminin devraient « en être exclus, en ce sens qu'ils passaient à la gens de leur « père. » Voilà donc nettement établie la cause première du mariage monogamique, c'est à dire la préoccupation des hommes, dès qu'ils furent devenus propriétaires, de pouvoir concentrer leurs biens sur un nombre limité d'enfants, pour en éviter Jemorcellement indéfini qu'eùt nécessité Je maintien du mariage par groupes. De cette préoccupa_tion naquit l'idée de restreindre la gens à un couple, et c'est ainsi que se constitua la famille moderne. A cette cause initiale s'en joignit plus tard une autre qu'il importe de noter, car elle fut l'inspiratrice des législations actuelles quant aux effets civils du mariage. L'homme, n'ayant adopté l'union monogamique que pour faciliter la transmission de ses biens et réduire Je nombre de ses héritiers, ne s'était pas interdit les incursions dans J'adultère. Sévère pour la femme, autour de laquelle il exerçait ·une surveillance inquiète, de crainte qu'elle n'introduisit dans la famille des membres étrangers, il ne se privait pas de chercher lui-même hors du domicile conjugal, parmi ses servantes, ses esclaves (comme en Grèce et à. Rome), des relations que la loi, du reste, ne lui avait pas défendues. Mais, dès que le christianisme eut conquis sur les empereurs d'Occident quelque influence, les évêques de Rome, jaloux à la fois de mesurer leur pouvoir et de coopérer à l'affermissement d'une autorité monarchique auprès de laquelle ils pussent trouver, le cas échéant, aide et protection, méditèrent de refréner cette liberté des mœurs, et, après avoir institué le sacrement du mariage, qui devait paraitre aux hommes fanatisés par le culte nouveau comme une ordonnance divine, défendirent, sous les peines spirituelles les plus sévères, la procréation en dehors du mariage. li y eut à ce sujet bien des querelles, même
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