La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

552 LA REVUE SOCIALISTE De même l'institution du mariage, qui est une des formes de la Pro priété et qui comprime le droit à l'amour au bénéfice d'intérêts sociaux peu respectables puisque la majeure partie des citoyens n'y a pas part, l'institution du mariage est aujourd'hui l'objet de protestations et de révoltes sans nombre, dans le domaine des faits comme dans celui des idées. Un spiritualisme grossier, encouragé par la politique, avait réussi pendant dix-sept siècles à donner l'union de l'homme et de la femme comme le symbole de l'union du Christ avec l'Eglise; et pour concilier le dogme chrétien avec l'histoire antérieure, il avait présenté le patriarcat hébraïque comme la forme unique et constante de la famille à travers les âges. Depuis, les recherches ethnographiques ont établi que le développe.ment de la Famille a consisté « dans le rétrécissement ,< graduel d'un cercle, qui embrassait à l'origine la tribu entière et « dans lequel régnait la communauté conjugale entre les deux sexes. « L'exclusion progressive, d'abord des parents rapprochés, puis de « ceux plus ou moins éloignés, enfin de ceux qui étaient simplement « parents par alliance, finit par rendre impossible dans la pratique le « primitif mariage par groupes. " La famille syndiasmique, qui était l'union libre de deux individus, et qui avait été elle-même précédée par une promiscuité absolue, préexista donc à la famille monogamique indissoluble, ,< et si des forces d'impulsion nouvelles, d'ordre « social, n'étaient entrées en jeu. il n'y eüt eu aucune raison pour <• qu'une forme différente de la famille dùt naître de la famille syndias- « mique ( 1 ). » Nous étudierons tout à l'heure l'origine de la famille monogamique. Ce qu'il importe de noter dès maintenant, c'est que la législation dut reconnaitre, lorsqu'elle la constitua, que si, tout en affirmant le principe de l'indissolubilité du mariage, elle n'ouvrait pas une porte à l'expansion sexuelle, elle courait le risque de perdre d'un coup le bénéfice des droits qu'elle entendait se réserver. C'est pourquoi. composant avec la passion publique, elle greffa sur le mariage répudiation, divorce, prostitution, concubinat, qui donnaient à la foule l'illusion de la liberté. Mais tous ces palliatifs devaient demeurer impuissants à résoudre un problème dont les termes sont antinomiques à la loi naturelle. L'existence des filles de joie n'empêche pas les hommes de couver dans le nid de leurs voisins ; les obstacles entassés devant le divorce fournissent à l'union libre un contingent important, et la monogamie, religieusement inscrite dans les codes, n'est réellement qu'un mensonge social, comme la plupart des institutions humaines. Ceci dit, il convient de savoir quel esprit a inspiré les civilisations en décrétant le mariage indissoluble. Le législateur a basé la jurispru- (1) Fr. Engels, lac. cit., p. 57.

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