La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA MONOGAMIE ET L'UNION LIBRE 55 1 aux yeux du capitaliste de repentir qui puisse racheter une première faute, les filles-mères en sont bientôt réduites, de chute en chute, à demander au trafic de leur corps les ressources qu'elles ne peuvent ae procurer par le travail (1). Quelles sont donc les véritables causes de la prostitution ? C'est d'abord l'inégalité des sexes, c'est-à-dire la prédominance de l'homme sur la femme, consacrée par la législation monogamique : c'est ensuite le luxe ou la trop inégale distribution des richesses, qui fait que l'opulence peut trafiqùer de la pudicité du pauvre ; c'est enfin l'extension des grandes agglomérations, des caravansérails capitalistes où l'ouvrière se trouve à la merci de maitres et de contre-maitres, également .ardents à la chasse féminine. Ainsi, dans les districts manufacturiers du coton en Angleterre, de la soie en France, on observe un quantum de prostituées véritablement effrayant. « Avec la disparité de propriété, « dit encore Fr. Engels, c'est-à-dire dès le stade supérieur de la bar- « barie, le salariat apparait sporadiquement à côté du travail des « esclaves, et avec lui, comme un corrélatif nécessaire, la prostitu- « tiun var état de la femme libre, à côté de la prostitution obliga- « toire de l'esclave ( 2). » Faculté de répudiation et de divorc.e, universalité du concubinage, patronage officiel -accordé à la prostitution : tout cela démontre irréfutablement que l'union indissoluble est inconciliable avec les appétits physiques de l'espèce humaine, la loi de reproduction et l'affection mutuelle des êtres de mème sang. S'il existe des lois qui créent ou modifient des mœurs, c'est à condition qu'elles n'entravent pas brutalement le libre essor de passions qui sont tout l'homme. Dès qu'une législation tente de comprimer les besoins matériels et moraux, pour complaire surtout à de vaines survivances du fétichisme théocratique, cette législation. chaque jour violée, finit par devenir un objet de dérision. C'est ainsi que le régime de la Propriété privée, qui est la pierre angul.1ire des constitutions. est de toutes parts battu en brèche parce que, arbitrairement établi, il lèse l'instinct de justice qui est en l'homme. (1) Dans une perquisition faite en novembre 1893 dans une maison de.prostitution clandestine de la rue Mogador, le commissaire de police trouva une jeune femme mariée, domiciliée à Belleville. Comme on lui demandait pour quel motif elle se vendait ainsi à une proxénète : « C'est, dit-elle, pour venir en aide à ma grand'mère qui a. 74 ans». L'assertion fut reconnue exacte. - D"après Parcnt-Duchàtelet, sur 5,183 pro~tituées dont il a étudié le passé, 2,397 ne le sont devenues que pour avoir été délaissées par leurs amants , 2,696, pour soulager leu_r extrême misère, et, parmi ces dernières, 89, pour soutenir, soit leurs vieux parents, soit les membres mineurs de leur famille (2) Fr. Engels, Loc.cit., p. 81

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