LA REVUE SOCIALISTE de communauté, s'acquittait encore dans toute la Phénicie au temps de Saint-Augustin ( 1). Pour les peuples de l'Arménie, la femme ne devenait digne de trouver un mari qu'après avoir sacrifié sa virginité dans le temple de Diane-Anaïtis (2). En Grèce, les hétaïres étaient fort honorées. On rencontrait chez elles des législateurs comme Périclès, dont on ne sait s'il fit plus pour la gloire d' Aspasie qu' Aspasie ne fit pour la sienne. Les mœurs. grecques étaient même assez faciles puisqu'une autre courtisane put acheter son acquittement en se montrant sans voiles aux magistrats de la République. Sir J. Lubbock a, du reste, surabondamment démontré (Origine de la ciüilisation, p. 86) que les anciens honorèrent les femmes les plus licencieuses. En Amérique, il y eut dès l'origine des filles et des maisons de joie. Au Nicaragua, les femmes de condition avaient le droit de se donner une fois l'an, à l'occasion d'une fète déterminée. à qui leur plaisait (3). En Europe, il ~xiste une prostitution officielle, soumise à des règlements de police d'une sévérité draconienne, que l'égoïsme capitaliste, déguisé sous les traits d'une morale d'emprunt, a obligé les Etats d'instituer (4). A ..:ôté de cette prostitution avouée, infamie sociale dont Pouvoir et Bourgeoisie ne rougissent pas de tirer profit, fonctionne une prostitution clandestine qui, comme l'autre, a des ramifications dans tous les centres un peu importants, mais qui ne fournit point tribut à l'Etat. Il est impossible de connaître le nombre des femmes qui s'y livrent ; mais il est très probablement plus considérable que celui des prostituées officielles. Les unes et les autres se recrutent dans les classes les plus misérables de la société. Sans doute pour couvrir l'indignité de son égoïsme, la classe capi-. ta liste attribue pour causes à la prostitution la paresse et l'amour du luxe, qui livreraient les filles à l'c1ppât d'un commerce facile et fructueux. Est-il besoin de dire combien est menteuse une telle allégation? Sauf une infinitésimale quantité, les femmes n'entrent pas de prime abord au lupanar. Beaucoup ont eu d'abord un amant qui les a abandonnées, étant enceintes, sans leur donner les moyens d'existence; et comme, d'une part, la vie devient pour la femme de plus en plus difficile, puisque, tout en lui demandant une somme de travail qui n'est pas sensiblement inférieure à celle de l'homme, on lui refuse un salaire égal à celui de son concurrent ; que, d'autre part, il n'est pas ( 1) Cité cleDieu, VI, 10. (2) Strabon, Ceogr., Il. (.3) Bancroft, Natives races, t. II, p. 676. (4) Le docteur Fiaux. ancien conseiller municipal de Paris, a publié dïntére5sant• renseignements sur le fonctionnement de cette institution en France.
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