, LA MONOGAMIE ET L1 UNION LIBRE 549 la femme feindra d'ignorer les déportements de son mari, ta11dis que le mari témoignera la plus large indulgence aux faiblesses de sa femme. Si. donc, l'État s'était, en constituant la famille, uniquement inspiré de la morale, il aurait substitué à l'union indissoluble une association révocable par consentement mutuel, n'intervenant, quand il lui aurait paru nécessaire, que pour assurer protection aux enfants. Mais aussi, eùt-il pu consacrer le droit d'ainesse, et avec ce droit, créer la caste qui depuis douze siècles gouverne l'Europe? Nor., sans doute. Il importait donc de donner le pas à l'intérêt sur la morale, à la stabilité du Pouvoir sur le bonheur commun, et le concubinat se trouva sacrifié. C'est alors que les mœurs s'insurgèrent, dit Letourneau. La monogamie fut plus apparente que réelle. La prostitution pour les gens les moins délicats, l'adultère et l'union libre pour les autres, servirent de soupapes de sùreté à des penchants trop invétérés et trop violents (trop naturels plutôt), pour se laisser maitriser par des textes légaux. li en est résulté toute une population d'enfants naturels subissant de par leur naissance une indignité légale des plus iniques. De là mille souffrances imméritées, auxquelles il faudra bien que la législation remédie un jour ou l'autre et que le concubinat légal a épargnées à la Chine, par exe1Î1ple. 3° La prostilutio11. - << L'héritage laissé par le mariage par « groupe à la civilisation est double, dit Fr. Engels (1) : ici la mono- <, gamie, là l'hétaïrisme, y compris sa forme extrême, la prostitution. « L'hétaïrisme est une institution sociale, tout comme une autre; ,< il maintient l'ancienne liberté sexuelle ... au profit des hommes. « Non seulement toléré en fait, mais encore pratiqué librement, sur- « tout par les classes dirigeantes, on le réprouve en paroles. Mais, en « réalité, cette réprobation ne frappe jamais les hommes, seulement << les femmes. Celles-ci, on les méprise et on les repousse, pour pro- « clamer par là une fois de plus, comme loi fondamentale de la Société, « la suprématie absolue de l'homme sur le sexe féminin. » La prostitution légale, qu'il ne faut pas confondre avec le don volontaire de sa personne, exista de toute antiquité. Les. babyloniennes devaient se prostituer une fois l'an devant le temple de Vénus-Mylitta (2). Même obligation était imposée aux carthaginoises et aux tyriennes qui, de l'argent reçu en paiement de leurs faveurs, se constituaient une dot (3); aux femmes de Lydie et de Biblos (4). Cette sorte d'impôt, rançon du droit monogamique conquis par la femme après des siècles ( 1) Evol. de la Famille, etc., p. 81. (:a) Hérodote, Clio, c. 199. (J) Valère-Maxime, 11,6, XV. (4) Lucien, De Detl SvrcS.
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