LA MONOGAMIE ET L'UNION LIBRE 547 taillée entre la législation monogamique et l'instinct polygamique ;. puis, subissant lui-même une évolution analogue à celle qui a peu à peu fait adopter la monogamie légale chez presque tous les peuples civilisés, il finit par devenir à son tour monogamique. Sous l'inspiration du christianisme, et pour rendre au mariage· une faveur et un respect qu'il avait depuis longtemps perdus, Constantin autorisa la légitimation des enfants naturels par le mariage de leur père avec la· femme ingénue qui avait été sa concubine. L'unique restriction imposée était que l'homme n'eût pas à ce moment d'enfants légitimes, condition que les législations modernes ont religieusement conservée. Justinien fut plus libéral. Il autorisa la légitimation des enfants naturels. même en ce dernier cas, stipulant ainsi qu'on ne pe~t rendre les enfants responsables des infractions aux lois commises par leurs parents. Après la mort de Justinien, le concubinat légal tomba en défaveur auprès du Pouvoir, de plus en plus asservi à la religion nouvelle. L'_empereur Léon (ve siècle) l'interdit enfin par sa Novelle 91. Mais, bien que banni de la législation, il . n'en continua pas moins de subsister, et, contrairement à ce qu'en dit Letourneau, il ne devint pas plus monogamique que le mariage, les concubins ni les époux ne s'interdisant la faculté d~ l'adultère dans ou hors le domicile conjugal. Tol~ré seulement dans les pays d'Europe, le concubinage est en Chine parfaitement légal. Il y a dans la plupart des familles une grande femme, qui est la matrone et qui commande aux petites femmes. Celles-ci sont subordonnées à la femme légitime et ne peuvent revêtir le costume qui lui est réservé. Les comédies chinoises nous apprennent bien qu'il éclate parfois des rivalités entre la matrone et ses collaboratrices; mais cela est assez rare, et l'on voit même des femmes chinoises conseiller à leurs maris d'avoir des concubines dans les villes où leurs affaires les retiennent quelque temps ( 1). En Europe, où la jalousie inspire à l'individu une idée de propriété sur le compagnon ou la compagne de son existence, il n'existe rien de comparable au concubinat chinois. Les époux y ont des amants ou des maîtresses; mais, à l'insu l'un de l'autre et presque toujours en dehors du toit conjugal. Nous pourrions, il est vrai, citer des cas où, pour des motifs absolument avouables, l'un des conjoints ferme les yeux sur les privautés ddultérines de l'autre; mais ces cas, qui s'obser\'ent particulièrement chez la femme, tiennent le plus souvent à des causes physiologiques qui ne nous permettent pas d'en tirer une déduction d'ensemble. En thèse générale, l'homme et la femme des pays ocsiJentaux (1) Letourneau, loc. cil., d'après Pauthier, Chine moderne, p. 238.
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