La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA MONOGAMIE ET L'UNION LIBRE 545 contrat de mariage avec Marie de Montpellier, Pierre d'Aragon s'était engagé à ne jamais la répudier. Sous les deux premières races, l'homme pouvait répudier sa femme, Plus tard il fallut des dispenses ecclésiastiques qui ne s'obtenaient pas sans de grandes difficultés. Le principe de la répudiàtion recélait chez les Juifs, les Grecs et les Romains le germe d'une réforme fondée sur l'idée de l'égalité des sexes. C'est Hérode chez les Juifs, Solon en Grèce, Domitien à Rome, qui attribuèrent à· l'épouse le droit de demander la dissolution du mariage contre son mari, comme au mari de la demander contre elle. Q!.1ant au divorce, combattu sans trêve ni merci par l'intolérance cléricale, il disparut après le xv1<>siècle. A Rome, le divorce_ par consentement mutuel avait réussi à s'introduire dans la législation. On y divorçait même avec une telle facilité que Sénèque parle de femmes qui comptaient leurs années d'après le nombre de leurs maris. Juvénal en cite une qui s'était mariée huit fois en cinq ans. Saint Jérôme en mentionne une autre qui, après avoir eu vingt-trois maris, épousa un homme qui avait eu le même nombre de femmes. Disparu sous le règne de Constantin, le plus servile_ sectateur des éveques de Rome, le divorce reparut avec Justinien, passa dans les Gaules malgré l'hostilï°té du christianisme et y subsista jusuu'au concile de Trente ( 1) qui. consÎdérant l'union conjugale comme indissoluble, interdit la séparation quoad v_inw/11111, n'autorisant que la séparation quoad. thorum. La Réforme avait adopté le divorce. La Révolution française, par la loi du 20 septembre 1 792 le rétablit, en même temps qu'elle abolissait la séparation de corps. Elle stipula de plus qu'il pourrait être obtenu pour incompatibilité d'humeur. Napoléon 1°" s'en servit pour les intérêts de sa dynastie; mais il fut de nouveau supprimé par la réaction religit.use de 1816 (loi du 8 mai), et ce n'est que depuis quelques années que la législation républicaine l'a remis en vigueur, malgré l'opposition de l'Église qui, persistant à vouloir barrer la route ( 1) L'abbé Fleuri, auteur de lrlisloire ecclésictslique, avoue que Boniface apôtre de la Basse-Allemagne, ayant consulté l'an 726 le pape Grégoire 11, pour savoir en quel cas un mari peut avoir deux femmes, Grégoire Il lui répondit, le 22 novembre d~ la mème année, ces propres mots : <, Si une femme est attaquée d'une maladie qui la rende peu propre au devoir conjugal, le mari peut se marier à une autre ; mais il doit donner à la femme malade les secours necessaires >>. Cette décision parait conforme a la raison et à la politique ; elle favorise la population qui est l'objet du mariage. La polygamie de Philippe, landgrave de Hesse, dans la communion luthérienne en 1539, est assez publique ... Il est publié en Angleterre que le chancelier Cowper épousa deux femmes qui vécurent ensemble dans sa maison avec une concorde singulière qui fit honneur à tous trois. Plusieurs curieux ont encore le petit livre que ce chancelier composa en faveur de la polygamie (Voltaire, Dictonna'ire philosophique). 35 •

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