La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

\ LA RE\'UE SOCIALISTE poursuivre l'exécution par des moyens coercitifs, ou de composer avec la rébellion publique. S'il persistait à vouloir _réfréner l'instinct passionnel, il courait le risque de se heurter quelque jour à une opposition qui, pour n'emprunter de force qu'à l'inertie, n'en serait que plus dangereuse et dont \'universalité rendrait la répression impossible. En concédant, au contraire, à cet instinct quelque liberté, il y gagnait, outre la possibilité de maintenir juridiquement intégral le principe de l'indissolubilité du mariage, la faculté de contenir la foule dans les limites nécessaires à son iJropre intérèt. Entre les deux moyens il choisit donc celui qui menaçait le moins sa sùreté et jugea prudent de corriger ce que la législation du mariage et de la familleavaitdetropabsolu. C'est ainsi qu'il y introduisit certains éléments compensateurs que nous allons examiner. De ces éléments, quelques-uns eurent des fortunes diverses, tour à tour supprimés ou rétablis sans autre régie que le bon plaisir du sou\'erain, et sans qu'une protestation s'élevât du sein de la foule. Mais, comme chacun d'eux, par sa nature et par ses effets, est la négation même du principe dont il ne devait être que le correctif, un jour ,·int où les esprits indépendants, peu satisfaits de mezzo-term111e incohérents et bâtards, revendiquérent pour l'individu le droit de nouer ou de dénouer, de son chef et sans appel, les biens de l'association conjug-ale. 1° la répudiation, le dirorce. - En principe. le mariage est un contrat qui ne peut prendre fin qu'avec la vie d'un des contractants. Mais, comme ce contrat n'est point bi-latéral, puisque la Famille fut et demeure constituée sous le régime du droit paternel prédominant, et que par suite, les clauses peuvent n'en être pas également respectées par les parties, les législations durent prévoir les cas susceptibles de rendre la vie commune, ou plutôt l'exécution du contrat commun impossible, et pour y remédier, fournir à la partie lésée les moyens de rompre une association conclue à son détriment, Ces moyens sont la répudiation (aujourd'hui abandonnée) et le divorce (qui nous dispense de parler de la séparation). La répudiation est surtout de droit ecclésiastique. L'Eglise catholique la substitua au divorce qu'elle n·a cessé de réprouver, le considérant à juste titre comme une hypocrite dénonciation du mariage. La répudiation remplaça donc le ctiyorce pendant toute la durée du régime monarchique, et un grand nombre de rois lui durent de pouvoir se séparer de leur femme, en prétextant soit uneconsanguinité prohibée, soit une inconduite notoire, soit des accidents physiologiques, soit enfin une stérilité incurable. C'est grâce à la répudiation d'Eléonore cl' Aquitaine par le roi Louis VII que les Plantagenet devinrent seigneurs de Guyenne et de Poitou. Philippe-Auguste répudia successivement Ingcberge, fille du roi de Danemark, et Agnès de Méranie. Par son

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