La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA MONOGAMIE ET L'UNION LIBRE 543 Le tort des ethnologues a donc été de se cantonner dans l'étude des siècles précédents, et, arrivés à la période monogamique légale, de fermer le livre, comme s'il avait suffi de lois périssables pour étouffer l'instinct polygamique de l'homme, au moins dans ses manifestations effectives. Pour donner une sanction à l'enquête par eux ouverte contre le monstre social qu'est devenu la Famille, ih; devaient, après avoir analysé les tares de la famille antique, synthétiser les éléments perfectifs de la famille future; montrer, en d'autres termes, la nécessité de substituer à l'agrégat domestique moderne formé contre toute raison une association de parents et d'enfants d'où les préoccupations du lucre soient bannies pour faire place à l'intégrale ej imprescriptible libei::té individuelle qui peut seule favoriser l'expansion sincère des sentiments affectifs. S'ils avaient ainsi mené leur enquête, en se plaçant au-dessus de la loi civile, dont le sociologue ne doit pas connaitre quand elle n'est point l'expression absolument exacte des mœurs, nul doute que la Famille n'eût subi la même crise que la Religion, la Propriété, la Patrie, vestiges, comme elle, du passé monocratique. 1 De nos précédentes observations, empruntées tant à la statistique qu'à des faits avérés, et auxquelles il convient de joindre les<< scandales >' connus ou ignorés de l'adultère, les unions libres 1·estées stérif1,s (dont à ce titre la statistique ne s'occupe,pas), il découle une première indication ; « C'est qii'il fcntt bien; suivant l'expression de Letourneau, qne le concubinat ait été pou1· l'homme rt!ritablement nrlcessail'e, car nous le rayons JJraliqué par toutes les races, aussi bien par les races blanches que var les autres » ( 1). Là cependant,ne se borne pas la preuve qu'entre les besoins physique;:; de l'homme et les législations monogamiques il existe un irréductible antagonisme. La Loi elle-même s'est drnrgée de nous en fournir d'autres témoignages. Devant la résistance générale à des régies d'union et de filiation uniquement inspirées par l'intérêt de la caste dominante, le pouvotr se trouvait dans l'alternative ou d'imposer ses arrêts, fùt-il obligé d'en (1) Ei;ol, d1i .Mciriage et de la Famille, 1888, page 205. - Cette universalité du concubinat, qui en établit la primordiale nécessité, n'"mpèche pas les dirigeants de s'indigner en toute circonstance contre cc qu'ils appellent la <, décadence manifeste de la famille "· lis taxent même de faiblesse leurs propres alliés de la magistrature quand ceux-ci font exceptionnellement plier la loi et les convenances sociales devant les liens naturels. Témoin cette note publiée par le Gaulois: <l li vient de se passer un petit fait qui montre mieux que les plus grands discours l'anarchie qui règne dans le gouvernement, dans les idées et dans les mœurs.· Le gouvernement a autorisé la femme Marchal, la femme adultère et la maitresse de Vaillant, à voir dans .Ja prison, Vaillant, mari adultère lui-même, et de lui amener sa fille légi-, time. Est-ce que la loi civile aujourd'hui légitimerait l'adultère et protégerait l'amant et la maitresse contre le mari et la femme ? ... » (Janvier 1894). • . •

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