La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

542 LA REVUE SOCIALISTE exception faite pour celui de Fr. Engels, c'est la reconnaissance explicite que la polygamie est l'expression la-moins douteuse des lois naturelles (qui tendent sans distinctions vaines à la propagation de l'espèce), et que, cette polygamie, tous les individus l'exercent, aussi bien les personnes liées par le mariage que les personnes civilement libres, et quelle que soit la condition sociale des unes et des autres. Unions libres, adultérines, incestueuses mèmes,prostitution, amours contre nature, bestialité: toutes ces manifestations sexuelles del' homme, dont le criminaliste ne s'occupe qu'avec réserve et que le sociologue passe sous silence quand il étudie les mœurs des nations modernes, ne sont J'apanage ni des sociétés inférieures, ni même des classes frustes des sociétés civilisées. Si l'on veut bien tenir compte d'inoubliables scandales, on reconnaitra que ce sont les hautes classes qui a!Tectionnent l'une des plus répugnantes de ces manifestations : la pédérastie active; tandis que les classes populaires. privées d'appétits aussi monstrueux, se bornent à pratiquer l'union libre, dont la moralité est bien supérieure à celle du mariage (1), et que nombre de peuples sauvages obser\'ent la monogamie la plus étroite. Il y a là une gradation qu'il aurait été important de signaler et qui est toute di!Térente de celle que les apôtres de la famille voudraient imposer. Si l'on admet surtout qu'outre les grands propriétaires, les magistrats et les otîiciers, une part importante de la gent littéraire renouvelle au dix-neu\'ièrne siècle le libertinage excessif de la Rome décadente, cette gradation pourra se formuler ainsi: l'immoralité croit en raison directe de la richesse et de la culture intellectuelle. qui ont étudié de près le sujet croient que le mariage en commun a dù être la forme pri:nitivc et universelle. Voir à cc sujet l'Origine de la cirilisalion par J. Lubbock (pp. 6o-6j). le Jlariage primitif', où Me-Leman parle (page 16;i des unions sexuelles comme ayant été jadis fort relàchées, transitoires, et, a certains degrés, entachées de promiscuité. Bachofcn partage également l'opinion que dans les temps anciens la promiscuité fut prépondcrante. Morgan, dans son AJé111oire S111' le S!)t-:- tème clc classification par la parenté, formule une conclusion identique. Les ethnologues plus récents, comme Frédéric Engels, Letourneau, ont abouti à des degrés divers, aux mêmes constatations. (1) « L'amour sexuel n'est et ne peut être dans les relations avec la femme une règle effective que dans le prolétariat. Mais, dans cc cas aussi, tous les fondements de la monogamie classique disparaissent. Il y manque toute fortune, pour la conservation et la transmission de laquelle la monogamie et la domination de l'homme ont précisément eté instituées. et il y manque, par spite, tout motif aussi de faire valoir la supprématie masculine ... Ici ce sont de tout autres rapports personnels et sociaux qui décident ... La famille du prolétaire n'est donc plus monogamique dans le sens strict du mot, même avec l'amour le plus passionné et la plus stricte fidélité des conjoints, et malgré toutes les bénédictions spirituelles et temporelles possibles. C'est pourquoi lee éternels compagnons de la monogamie, l'hetaïrisme et l'adultère, ne jouent ici qu'un rôle presque effacé : ... quand on ne peut plus s'entendre, on aime mieux se quitter. (Fr. Engels, Origine de la f'a1H.ille, etc., p. 91, édit. 189 , •

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