La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA MONOGAMIE ET L'UNION LIBRE 537 Il semble, en vérité, à examiner de près les éléments constitutifs de la famil\eJ que les législations aient pris à tàche, en les coordonnant, de contrarier jusque dans leurs plus intimes manifestations les règles primordiales de la nature. Et c'est, el\ effet, sous l'inspiration d'un principe essentiellement contraire aux lois naturelles, celui de la propriété privée, qu'avec l'aide du christianisme et des oligarchies s'est établie l'union conjugale. La juridiction ecclésiastique, d'une part, le pouvoir séculier, de l'autre, se coalisèrent pour faire que chaque foyer domestique fùt•au gouvernement ce que chaque pierre d'un édifice e5t à l'édifice tout entier, de telle sorte que ces deux pouvoirs, identiques quant au but, à l'origine et à la composition, fussent obligés de se prêter en toutes circonstances un mutuel appui et qu'on ne pût attaquer l'un sans entamer l'autre. lis s'ingénièrent, dans ce but, à y faire la plus large part aux intérêts personnels, greffant sur l'affection l'esprit de lucre : sentiments antagoniques. Préoccupés surtout de créer une caste que le souci de défendre sa richesse et sa puissance solidarisât avec eux contre les convoitises et les soulèvements populaires, ils confièrent à un seul membre de chaque famille l'administration du patrimoine commun, condamnant les autres au célibat, à moins que quelque femme éprise ne leur constituàt un apanage. Ils créaient ainsi, en même temps qu'une oligarchie puissamment intéressée à se grouper autour du pouvoir royal pour échanger avec lui le devoir d'host, aussi bien contre les ennemis de l'intérieur que contre ceux de l' extéri/;!ur, une source intarissable d'inimitiés entre ainés et puinés, frères et sœurs, ceux-là élevés jusqu'aux pieds du tr6ne, ceux-ci sacrifiés à l'égoïsme social. « Pourquoi, demandait Mirabeau, consacreriez- « vous au célibat plusieurs enfants de la même famille, en faisant <, dévorer par un seul d'entre eux l'établissement de tous les autres? « Pourquoi, pour favoriser un mariage qui ne flatte souvent qu'un ,< vain orgueil, en empêcheriez-vous plusieurs qui pourraient être « fortunés ? » Et c'est de cet agrégat monstrueux, à peine modifié par la Révolution française t 1), que naquit la famille moderne, où les enfants. pour faire figure dans le. monde, ap'.)ellent de tous leurs vœux le jour où ils entreront en possession de l'héritage paternel (2): où un collatéral (1) La Revolution française abolit le droit d"ainesse et décr~ta l"égalit~ des partages entre les héritiers. (2) Les crimes commis par des enfants contre des ascendants trop lents à mourir et qui ont eu la faiblesse de se démettre de leurs biens deviennent d'une fréquence effrayante. Les paysans principalement témoignent en ce genre une férocité indescriptible. Nous en choisissons cet exemple entre mille : « La Cour d0 Assises du Tarn jugeait le 25 juillet 1893 un cultivateur du village de Brugnac, Emile Veyrios dit Carbon, qui s'était débarrassé de son père « parce que le vieux mangeait trop et n"était I i.s bon à rien •>. Devenu veuf, et se sentant incapable de continuer à travail-

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