La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LUTTE OU ACCORD POUR LA VIE 533 la guerre; en tous cas, elles résultent d'intentions pacifiques et unissent par l'intérêt commun des peuples qui finiront par ne plus se considérer comme des adversaires ayantdvantage àse nuirelesunsauxautres. Elles prouvent donc que la guerre n'est pas l'ouvrière la plus active du progrès social. Des stimulants très efficaces de l'entente universelle sur lesquels il convient d'insister sont la coopération financière, les relations commerciales, la colonisation. « Quelle nation, quel gouvernement, dit M. Pelletier, (1) peut aujourd'hui préte~dre se passer du crédit que peuvent lui faire les autres peuples? 1 Les capitaux français ne vont-ils pas coopérer à l'étranger qui constamment les demande, et le grand-livre de chaque nation ne crédite-t-il pas indistinctement les rentiers du monde entier? La Bourse n'est pas seulement le marché des valeurs nationales, c'est le marché universel, opérant le libre-échange et reliant ainsi les intérêts de tous le.s peuples. La Banque n'est pas un instrument moins actif de coopération internationale, qu'elle facilite les entreprises industrielles, ou qu'elle ouvre ses portefeuilles aux papiers qui représentent des actes commerciaux, ou opere le change d'un peuple à l'autre. » CourcelleSeneuil a constaté aussi que le développement des relations commerciales a fait beaucoup pour faciliter la paix, c'est-à-dire réduire l'empire de la guerre, et conséquemment accroître l'accord entre les peuples modernes en élargissant l'idée de la solidarité humaine. Ce progrès immense démontre que les nations, loin de vouloir vivre isolées ou en guerre les unes avec les autres, comprennent toujours mieux la communauté de leurs intérêts réciproques. La colonisation est aussi un puissant facteur de l'évolution vers une confédération umverselle des divers peuples. Son efficacité serait bien plus grande, si elle n'usait pas trop souvent des procédés de l'antique barbarie. Malgré tout, elle pose les assises, encore imparfaites, mais visiblement consolidées, de l'organisation du monde futur où les nations évolueront sous l'empire d'un accord harmonieux, dans la paix universelle. « Aux premières cultures qui se développèrent dans les grandes vallées fluviales, dit E. Reclus(2),a succédé la culture plus générale des peuples qui entourent le bassin de la Méditerrannée ; puis, lorsque le Nouveau-Monde a été découvert, est venue l'idée de la civilisation atlantique, dépassant la civilisation méditerranéenne ; maintenant, depuis l'exploration du pacifique, la colonisation de Il'Australie et de la Nouvelle-Zélande, la prise de possession des archipels polynésiens, l'établissement d'un réseau de navigation régulière entre les centres vitaux du Grand Océan et de la ·mer du Sud, le monde entier est le théâtre de l'activité (1) Op. eit. p. 163-164. (2) c~~an et terres océaniques.

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