La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

532 LA REVUE SOCIALISTE bien près, selon l'expression de M. Pelletier ( 1), d'aller rejoindre à tout jamais les \'ieilles idoles aux Invalides de la bêtise humaine. Mais, de même que l'accord s'est fait entre des provinces qui ont constitué des royaumes, des empires ou des républiques, composés d'éléments si multiples et si divers, comme la France et l'Angleterre par exemple, de même l'accord tend à se faire entre les natio'ns. " Les années de guerre des divers Etats sont aux années de paix comme 1 est à 20 environ. Les guerres entre Etats européens sont devenues plus rares que les discussions intestines des cantons suisses formant l'ancienne alliance perpétuelle. (2) ,, Il faut ne pas vouloir observer pour ne pas admettre que le progrès a lieu dans le sens d'une fédération des peuples de même race et ensuite des peuples de races diverses entre eux. Par exemple, les EtatsUnis d'Europe rie sont plus seulement annoncés par les poètes; ils sont entren1s par les savants les plus positifs, en particulier par un publiciste appartenant à la nation où le militarisme et la passion guerrière font le plus rage. Dès 18j8, Bluntschli faisait remarquer que les peuples de notre continent étaient unis par tant de liens et par des intérêts tellement solidaires qu'ils formaient une confédération latente et il exprimait la conÎlance qu'à une date peu éloignée un ou plusieurs des · grands hommes d'Etat européens entreprendraient de réaliser cette confédération. plus facile à organiser que ne l'a été la fondation de - l'empire allemand. (3) Allons plus loin. La politique internationale, quoiqu'elle ne soit pas encore assez consciente de l'unité organique du genre humain et de la solidarité des parties dans l'évolution de ce Grand Tout. la politique internationale a produit de sérieux résultats dans le sens d·une future fédération uni\'erselle. De jour en jour les liens de la solidarité se multiplient et se consolident. En e_!Tet,la signification sociologique des faits que nous allons citer n'est pas douteuse. Sans prétendre à une énumération complète et systématique, la suppression des obstacles de toutes sortes qui entravent les libres relations des peuples et des individus, le percement des isthmes et des montagnes, les n<;>mbreux réseaux de chemins de fer internationaux, la multiplication des compagnies maritimes. l'extension de la navigation et l'agrandissement du domaine des expéditions lointaines, les unions internationales de postes et de télégraphes. I' uniÎlcation progressive des poids et mesures et des monnaies, la diffusion du droit des gens, etc., toutes ces œuvres marquent le progrès de la coopération internationale et universelle d'une part; d'autre part et surtout elles sont des signes de l'inutilité et du recul de (1) J\\ouv. coop. intern., p. 16.i. (2) i\. de Ricdmatten, Préf. à la Politique de Bluntschli, p. Vil. (3) \'. Ricdmctten, Ibid.

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