La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LUTTE OU ACCORD POUR LA VIE 531 Tature, science, art, religion et philosophie, à l'établissement de sa suprématie. Mais on recol'lnait que la guerre tend à se faire et on ajoute .qu'elle doit se faire par ces instruments qui sont les plus parfaits. On ne massacre donc plus, comme autrefois, les vaincus. - du moins quand les vaincus sont des égaux en civilisation. Cette restriction est nécessaire, car l'histoire prouve qu'en présence de populations attardées et à leur contact les plus civilisées reviennent aux instincts de la férocité primitive: Et même à cet égard il y a progrès. La colonisation n'oserait plus opérer comme autrefois. sous peine de soulever, comme il est arriYé en quelques circonstances, la réprobation de la con~ci:nce universelle. t-;on seulement la guerre, la naie guerre sans trève ni merci, loge son ennemi en soi, mais il y a des pays où son empire s'arrête: ce sont les pays neutres. Toute tentative contre leur neutralité ne laisse pas indifférentes les nations armées. On pourrait citer Jes faits de date toute récente. La politique de la paix est donc bien, malgré la recrudescence Je la folie destructive et la menace d'une conflagration générale, celle qui est au fond de l'évolution sociale contemporaine. Les doubles, triples ou quadruples alliances actuelles se présentent comme destinées à maintenir l'harmonie de l'équilibre europ~en. En tout cas, si les horreurs de la guerre future, qu'on prédit sans cesse et qui n·éclatejamais, risquent de ne pas être un frein suffisant qui puisse contraindre les haines, les intérêts et les appétits à ne point chercher leur s:1tisfaction au prix d'épouvantables désastres, si les ruines de toutes sortes accumulées depuis la Révolution française ne sutlisent pas à arrèter l'Europe dans la voie funeste où elle est engagée, nous croyons que l'expérience d"un nouveau Ctmf1it sera décisiv~ aux yeux de la masse gouvernée, sinon dans l'esprit des gouvernements et des maisons régnantes. La nécl!ssité de militariser une nation entière, la suspension de la production industrielle et commerciale, dont le développement implique de multiples et nécessaires rapports de plus en plus étroits entre les peuples ci\·ilisès, l'effroyable destruction d'hommes et de richesses qui sera l'inévitable résultat des progrès de la technique et de l'emploi de matières explosibles de plus ~n plus puissantes, ces conséquences, d'autres encore qu'il serait trop long d'énumérer, édifieront les peuples sur les a\'antages de la guerre et de la paix armée. Nous n'inaugurerons sans doute pas. d'une manière définitive et -sans appréhension d"un réveil des passions barbares, le millenium rhé par de généreux penseurs et chanté par les poëtes. li n·est pas encore nai malheureusement que le vieux dieu des batailles, pour avoir des prêtres, n'ait plus de peuple fidèle et quïl soit

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