La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE lecture de ce morceau savoureux. Rien n'y manque : de la modération dans les termes et du persiflage hautain entre les lignes. En vérité, c'est un régal exquis pour l'économiste orthodoxe. Le ministre a rappelé aux viticulteurs du Midi que dans le domaine de l'agriculture comme dans celui du commerce et de l'industrie, l'Etat n'avait d'autre devoir que celui d'assurer à chacun le libre développement de ses forces et de ses facultés. Que répondre à pareille argumentation? Est-ce que Bastiat n'a pas écrit, on ne sait plus à quel propos. que « le GouYernement doit abandonner à l'activité privée tout ce qui est de son domaine»? La fabrication du vin artificiel, c'est-à-dire des boissons plus ou moins frelatées, est-elle, oui ou non, du domaine de l'Etat, ou du domaine de l'activité privée? C'est évidemment du domaine de l'activité privée. Eh bien alors. de quoi les viticulteurs se plaignent-ils? Si les viticulteurs reconnaissent que cette industrie appartient à l'activité privée, ils doivent également reconnaître que l'Etat n'a rien du tout à y voir. Tant pis pour les viticulteurs du Midi s'ils ne s'extasient pas en face du mécanisme idéal de l'offre et de la demande, qui n'est. parait-il, autre chose pour les prix d'une marchandise quelconque, que ce qu'est pour les liquides lei tendance à l'équilibre! Tant pis pour les viticulteurs du Midi s'ils n'apprécient plus les charmes de ce monde économique des /larmonies de Bastiat, où, malgré quelques dissidences passagères, comme par exemple, les misères et les ruines de la viticulture, tout conspire quand même au bien général! Mais peut-être les viticulteurs de nos régions méridionales se demanderont si le gouvernement a toujours gardé la neutralité expectante dans laquelle il se réfugie aujourd'hui pour n'avoir pas à prêter l'oreille aux appels désespérés d'une population en détresse. Est-ce que les pouvoirs publics en France n'ont pas engagé et encouragé les propriétaires du sol à replanter la vigne? Est-ce que les parcelles plantées de vignes nouvelles n'ont pas été exemptes d'impôt pendant plusieurs années? Est-ce que les pouvoirs publics n'ont pas accordé à cette culture des faveurs exceptionnelles sous prétexte de venir en aide aux propriétaires du sol dévasté par le phylloxera? Il ne viendra certes, à l'idée de personne, de blâmer en pareille circonstance l'intervention tutélaire de l'Etat. Mais pourquoi s'arrêter en chemin? Au nom de quels principes économiques vient-on dire à présent que la mévente du vin ne regarde pas l'Etat, lorsque le même Etat a tout fait pour que la productiou du vin augmente?

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