LA MÉVENTE DU VIN 47 » Vous appelez particulièrement mon attention sur ce dernier pro. duit que vous considérez comme une des causes principales du malaise actuel et vous me demandez de présenter au Parlement une loi édictant l'interdiction de fabriquer ou de faire circuler en France des vins artificiels. • » Quelque dignes de considération que soient les intérèts dont vous avez pris la défense, il ne me semble pas possible de faire droit à votre demande. » Prohiber la fabrication des vins artificiels et la circulation des matières pouvant servir à la préparation de ces vins, serait porter une grave atteinte à la liberté individuelle que certainement le Parlement français n'autoriserait pas et que, pour ma part, je ne saurais lui proposer. » Il n'est pas possible d'interdire à un particulier de faire du vin artificiel si cela lui convient, non plus que de le vendre s'il trouve un acheteur. Ce que la loi doit empêcher, c'est que la bonne foi de ce dernier soit surprise et que le vendeur le. trompe sur la qualité de la marchandise vendue. C'est dans ce but qu'ont été promulguées les lois du 14 août I 889 et 11 juillet 1891 pour réprimer les fraudes dans la vente des vins. Ces lois, en soumettant les vins artificiels à un régime spécial ont, par cela même, reconnu la légitimité de leur fabrication. Il ne me paraît pas qu'on puisse aller au-delà en défendant une fabrication qui n'est pas nuisible à la santé publique et qui, comme toute autre, a le droit d'exister. }> Quant à la défense de circulation sur le territoire français des matières pouvant servir à la composition ou à la fabrication des vins artificiels il ne me parait pas qu'il y ait lieu à la discuter, attendu qu'une pareille mesure aurait pour conséquence d'empêcher le commerce des fruits secs, du sucre et de l'alcool. ce qui n'a certainement pas dû ètre dans les intentions de la Chambre de_Commerce de Perpignan. « Recevez, etc., » Le Alinistre de l'A griculture, » Signé : V1GER. >' Voilà un document administratif qui fait grand honneur au secrétaire qui l'a rédigé, au chef de bureau qui l'a approuvé, et au ministre qui l'a signé. C'est pensé et écrit selon les plus admirables formules de l'économie politique. Les maximes fondamentales de la liberté du commerce et de la libre concurrence y sont reconnues et défendues sur le ton dogmatique et tranchant qui convient aux organes infaillibles des vérités immuables et éternelles. Ni la barbe inspirée de Frédéric Passy, ni la bonne figure repue et satisfaite de Léon Say, ni la physionomie maligne de l'impeccable Yves Guyot ne pourrait esquisser la moindre grimace de désapprobation à la
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