LUTTE OU ACCORD POUR LA VIE « Plus tard, la prédiction de Saint-Simon et de Comte, que la civilisation industrielle allait succéder à la civilisation militaire, parut sur le point de se réaliser. Encore au moment où la guerre de Crimée battait son plein, Buckle annonçait fièrement la fin des guerres (1). >~ « Cette guerre, suscitée, disait-il, par les deux peuples les plus arriérés de l'Europe, Rus~es et Turcs, sera probablement la dernière; la civilisation ne tolérera plus de conOits de ce genre. >>On sait ce qui est advenu depuis et combien a sévi la folie guerrière. Mais cette folie même ne peut pas durer. Elle est trop intense et entraine de trop graves conséquences pour que tous ne finissent pas par ouvrir les yeux et reconnaître qu'il faut désarmer ou consentir à déchoir. Au reste, « on est de nos jours obligé de compter de plus en plus avec la masse bien autrement nombreuse, dont les intérêts sont engagés dans les différentes branches de la production, auxquelles la guerre est funeste. Un gouvernement qui entreprendrait une guerre malgré l'opinion publique s'exposerait, en cas de revers, à ètre renversé. Mais l'opinion se montre en majorité de plus en plus attachée à la paix.>' (2). Les socialistes qui posent à la base de leur système la fédération des peuples, sont de plus en plus écoutés et approuvés par les assemblées populaires, où le chauvinisme nationaliste n'a plus• qu'un écho affaibli. D'autres faits ne sont pas moins significatifs. Les propositions de désarmement, les progrès des ligues d 'arbitrage prouvent que la fin des guerres s'impose, ne serait-ce· que pour cette raison bien connue que les budgets de guerre épuisent les forces vives des nations. Enfin, n'oublions pas que les désertions et les provocations à la désertion sont de plus en plus fréquentes. Aussi bien l'Europe hésite-t-elle aujourd'hui devant la perspective d'un choc suprème. ,< Les Etats ne parlent que de défensive .... Les peuples, comme les souv.erains, ont conscience de la gravité de la guerre (3). » Mais n'est-il pas dès lors évident, q_ue l'histoire de la guerre est aussi l'histoire du progrès de l'idée de paix, et, si la politique,de la guerre cède de plus en plus le terrain à la politique de la paix, n'est-il pas évident aussi que la formule des disciples de Darwin, n'est pas en pareille matière l'expression d'une absolue vérité? , la guerre est si peu la loi suprême qui régit les relations des individus et des peuples, qu'elle a sous l'influence de la civilisation changé de caractère et pris un aspect de moins en moins barbare. (1) Soc. int., 1,'p. 70. (2) Molinari, Evol. pol. et révol. (J) F. Dreyfus, Avenir de l'arbitrage international, ll.evue bleue, 9 juillet 1892. 34
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