La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE opinion des pays civilisés devient par conséquent de plus en plus pacifique. L'histoire en donne des preuves précises. Dès le xve siècle on se préoccupe de mettre fin à l'état de guerre. En 1464, Georges Podiebrad, roi de Bohème, expose devant Louis XI, roi de France, un plan de pacification et d'organisation de la nouvelle Europe. On connait le projet que Sully attribue à Henri IV d'une fédération des princes chrétiens, où les guerres eussent été rendues impossibles par une sorte de conseil amphictyonique. L'idée de l'arbitrage international n'est donc pas nouvelle. En 1623, Emeric de La(roix, dans le Nouveau Cynée. reproduit le plan de Sully et plaide l'établissement d'une diète. internationale permanente, qui serait investie du pouvoir d'arranger toutes les querelles entre les nations. Leibnitz, en 1670, rêve aussi d'une fédération européenne à laquelle il donne pour chefs le pape et l'empereur. La Bruyère stigmatise la folie des hommes qui s'entretuent. En 1693, Williams Penn, dans un Essai sur la pa,x présC'llfc et future de l'E11rope, déclare que par l'établissement d'une Diète ou Confédération l'Europe pourrait s'affranchir entièrement de la guerre. Ces tendances pacifiques s'accentuent au xv1111esiècle. L'abbé de Saint-Pierre dans son 'Projet de paix perpétuelle. reprend en sous œune Je plan de Henri IV en l'a(commodant aux circonstanœs du temps. Le programme n'est pas stérile. Rousseau, l'abbé Goudard, Mayer, Necker et Condorcet en France, Kant et Fichte en Allemagne semblent s'inspirer de lui. L'économie politique naissante s'efforce a·ussi de déshonorer la guerre et de glorifier le travail, aussi bien en France qu'en Angleterre, en Italie, en Espagne, en Hollande. en Suisse. « Tous applaudissaient, dit B. Malon ( 1). tant les jours de la paix et du désarmement universel semblaient proches! A tous il semblait qu'enfin ce beau rêve, déjà vieux, des meilleurs souverains et des plus généreux esprits allait devenir une réalité. » Qpand la Révolution éclata, c'était aussi une croyance générale qu'elle allait inaugurer une ère de paix et de fraternité entre les peuples. Et si elle fit la guerre à l'Europe, ce fut dans le dessein d'en chasser les rois, c'est-à-dire les oppresseurs dt"s droits de l'homme, et de défendre contre les forces coalisées des monarques l' Acropole de la liberté. La Sainte-Alliance était destinée dans la pensée de son promoteur mystique à fonder par l'accord des souverains ce règne de la paix que les révolutionnaires, dit B. Malon, avaient voulu en principe réaliser par l'accord des peuples. • L'Internationale fut une tentative pratique dans le même sens. L'union réalisée de tous les prolétaires des deux mondes eût inauguré la pai:;: universelle, car ils constituent en majeure partie la masse taillable qu'ils appellent énergiquement« la chair à canon. » (1) Soeial. irlt., 1, p. 69.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==