La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVLJ!: SOCIALISTE Si le gorille n'a pas de peine aujourd'hui même, comme on l'a dit, à reparaitre en· homme contemporain, notre aïeul des premiers. âges n·obéissait guère qu'aux impulsions physiologiques qui entretiennent la combativité. Ajoutez que ces impulsions étaient rendues prédominantes par la nécessité de la lutte avec les autres espèces animales. Si nous considérons en outre que la concurrence devait croître de plus en plus, pour l'acquisition de substances végétales ou animales inégalement distribuées à la surface du globe, entre troupeaux humains qui se multipliaient et se rapprochaient de jour en jour, on s'explique sans peine que la guerre entre ces troupeaux d'êtres affamés fût inévitable. La guerre était donc nécessaire en ces temps où l'homme vivait de la récolte des fruits naturels du sol et de la chasse et de la pêche des animaux comestibles. Le résultat, de ces compétitions meurtrières était l'accroissement des qualités physiques et intellectuelles chez les survivants de la mêlée (1). La guerre a été également nécessaire et utile dans la période que M. Molin~ri appelle ràge de la petite industrie. En effet « les pruples qui ont devancé les autres dans les arts de la production et qui offrent par là ~même aux convoitises de la multitude des tribus et des peuplades demeurées en arrière l'appât d'un riche butin sont ;exposés à être envahis, pillés et détruits. Alors même qu'ils voudraient s'adonner exclusivement aux travaux productifs et vivre en paix, ils ne le pourraient pas : ils subissent, q·uoi qu'ils fassent, le risque de guerre. Le monde civilisé, encore enfermé dans des limites étroites, est en état de siège>' (2). Les sociétés en voie de civilisation, n'ayant pas encore acquis par l'agrandissement de leur domaine une suprématie décisive ·sur le reste. des tribus ou peuplades concurrentes, devaient donc nécessairement s·assurer contre le risque d'invasion et de destruction dont les menaçait le monde barbare. Autrement « l'œuvre de la civilisation eùt été sans cesse interrompue ; peut-être même n ·eùt-elle pu se poursuivre et s'achever. Le monde seràit retombé dans la barbarie, comme il est arrivé, selon toute. apparence, sur le continent de l'Amérique du Nord, où les ruines de cités vastes et populeuses attestent qu'une ou plusieurs civilisations successiv,es s'étaient créées et avaient été détruites par les tribus sauvages d'indiens chasseurs et guerriers, demeurés seuls maitres de ce Yaste continent jusqu'à l'arrivée des Européens (3) ». li fallait donc bien, pour préserver les civilisations naissantes des atteintes dèstructives du monde barbare, un~ force armée supérieure à (1) V. Molinari, Erol. J)'!l. et révol., p. 14.3. (2) Ero!. pot. el rernl., p. 143. (J} frol. pot. el rérol., p. 14.3-144.

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