La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LUTTE OU ACCORD POUR LA VIE ment naturel dont l'homme était privé... Il devait les détruire ou les refouler, sous peine d'être détruit par elles. Les instincts de combat et de destruction devaient, en conséquence, se développer; pour lutter avec succès contre les bètes féroces, il fallait bien qu'il eût 9uelque chose de la nature des bêtes féroces » ( 1). Cette lutte n'a pas d'ailleurs été sans profit. Elle a développé au moins les qualités physiques de notre race. Elle a eu pour résultat la domestication de. certaines espèces animales, l'expulsion ou la destruction définitive ou progressive de celles qui ne pouvaient que nuir<! à notre expansion sur le globe. Son influence n'a pas été moindr.:! pour réaliser un accord dont la nécessité était de plus en plus comprise, entre individus poursuivant un but commum, s'assurer les moyens de vivre et de perpétuer !"espèce. Ce sont là autant de gains à l'actif du progrès. Nous reconnaissons même avec M. L. Bourdeau (2) que dans les régions où la lutte a été Je plus ardente, l'homme primitif a le plus rapidement perfectionné son organisation physique et sa puissance intel:ectuellc et morale, tandis que dans les contrées où il ne rencontrait pas d'espèces concurrentes il est resté au plus bas degré de l'échelle. Une faune agressive et sa1iguinaire peuplait, durant la pl~ase quaternaire et jusqu'à l'origine des temps historiques, presque tous les continents. L'Australie, dès la période secondaire, échappa par son isolement à. l'invasion tyrannique de ces espèces déprédatrices qui comptaient des ennemis encore plus redoutables que ceux qui règnent au cœur de l'Afrique ou dans les régions polaires. L'Australien ne s'est pas affranchi de la ~auvagerie originaire. Au contraire, l'homme des continents où le mastodonte, l'ours et l'hyène des cavernes, etc., exerçaient leur domination a progressé sans cesse (5). Mais si les hommes ne pouvaient se soustraire à la guerre d'ail- _leurs utile contre les espèces animales concurrentes, ne pouvaient-ils du moins vivre en paix les uns avec les autres? Etaient-ils fatalement condamnés à se faire aussi la guerre et ontils réellement retiré quelques avantages de leurs luttes séculaires? Sans doute la nécessité d'une lutte inégale dïndividu à individu contre des ennemis physiquement mieux armés qu'eux, les poussait à associer leurs efforts sous peine de succomber dans l'attaque.Mai.sen ces temps primitifs ils conservaient, malgré le perfectionnement de leur organisation et de leur discipline, les instincts de l'animalité ancestrale dont ils ne sont pas complètements dégagés encore. (1) Molinari, Evol. pol. et révol., p. 140. (2) Conquête du monde animal, p. 107. (J) V. L. Bourdeau, op. cit.

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