La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LUTTE OU ACCORD POUR LA VIE males la lutte entre individus pQJ,!r s'as~urer les moyens d'existence n'existe pas, que la coopération est au contraire la loi du groupement. li aboutit à cette conclusion qu'il convenait de signaler: la coopération et la pratique de l_a solidarité; en contribuant au développement de l'intelligence et des sentiments moraux, donnent à l'espèce les garanties les plus sùres pour survivre dans b lutte C©ntre les forces hostiles de la nature. Ainsi 1 dans ce cas, de l'aveu même de Darwin, les plus aptes ne sont pas les plus forts, les plus rusés, mais ceux qui savent combiner leurs efforts et se soutenir mutuellement - forts et faibles • - pour le plus grand profit, pour la plus grande somme de bien-être de la communauté. Les communautés, dit-il, qui contiennent le plus grand nombre d'individus sympathisant entre eux sont les plus prospères, et elles ont les meilleures chances d'élever leur progéniture. Ainsi, Darwin lui-même, n'accordait pas à SJ théorie de la concurrence toute la portée que ses continuateur~ lui ont donnée. Pour les disciples, cette loi est la formule suprême, créatrice, aurait dit Taine, · de l'évolution, l'axiome éternel dont le retentissement prolongé compose l'immensité de l'uni,·ers. La guerre entre les individus. les espèces, les tribus, les classes, les nations, les races, a exercé unè intluence prépondérante dans la sélection des êtres. Sous quelles réserves faut-il accepter cette doctrine? Nous estimons qu'elle contient tine part de vérité, mais qu'elle ne saurait être admise sans de nombreuses restrictions. Examinons d'abord dans quel!~ mesure la théorie est acceptable. Si la concurrence est la condition principale de l'évolution et du progrès des êtres, elle l'est aujourd'hui au même titre qu'autrefois. C'est une nécessité inéluctable à laquelle nous ne pouvons pas et ne de-vons pas nous soustraire sous peine de déchoir. Pour ne pas av_oir à nous répéter et pour limiter la discu~sion, supposons provisoirement que l'hypothè6e est valable pour les espèces autres que l'espèce humaine. Aussi bien est-ce cette dernière qui est le principal objet de notre étude. Nous constaterons que la guerre a été nécessaire, utile, qu'elle tend à disparaître, et que, de l'aveu même de ses partisans, elle est loin d'avoir tout fait. S'il est prouvé que ce facteur de l'évolution a de plus en plus constitué un obstacle au progrès, nous aurons à faire une r-évision des lois principales de l'évolution et à voir s'il n'en est pas une, admise ou non par les darwinistes, dont l'importance est supérieure au p::>uvoirde la concurrence. A l'origine du moins, et même dans une mesure relative qui reste encore à déterminer, l'avenir des individus et des sociétés, leur progrès a été subordonné à la nécessité de la guerre et de la conquête. eux-là seuls, ceJes-là seules ont triomphé, qui étaient doués de quali- , I 1o

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