La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

• 522 LA REVUE SOCIALISTE battons encore sur le terraiJ'l politique, scientifique, moral. religieux, etc., etc. ( 1) La loi de Darwin est bien incontestable. Mais 1 ° est-ce la loi suprême des relations entre les êtres quels qu'ils soient? Le tableau qu'on fait de ce point de vue est-il une image complète de la réalité? Ne laisse-t-on pas dans l'ombre des faits qui devraient occuper le premier plan? L'évolution est-elle uniquement le résultat de l'antagonisme, sanglant ou non, des individus? Ou bien est-elle soumise encore à d'autres conditions, et, dans ce cas n'est-il pas un de ces facteurs qui soit plus important que la concurrence? 2° La théorie du naturaliste anglais peut être considérée d'un autre point de vue: elle n'exprimerait p:.isseulement les règles de développement des êtres en tant qu'êtres vivants; elle formulerait aussi les lois de développement des êtres en tant que molécules sociales. L'interprétation sociatè qu'on donne est-elle juste? Est-elle exclusive de toute autre doctrine? N'est-il pas visible au contrair1.: que l'accord pour la vie est une loi de la nature au mème titre que la lutte? 11ne semble pas non plus contestable que les espèces dont lïndividu est, non pas le plus fort au point de vue physique, mais le plus capable d'entente avec ses congénères, aient été et soient encore les plus résistantes. L'homme en particulier, quelle que soit son origine, n~ doit-il pas d'avoir imposé presque à tous les êtres de la création son empire, à l'adoption d'une règle de conduite dont il a de jour en jour reconnu la su p~riorité sur la loi de la lutte à outrance et sans merci? Mais si l'esprit de justice, de charité, de solidarité a fondé et assure l'établissement de son espèce, si d'une manière plus générale le progrès des êtres vivants résulte du fait de lutter contre cette loi de la guerre de tous co11tre tous, de la nier pour ainsi dire, n'est-ce pas que la loi d'accord est un facteur d'é\'olution dominateur de la concurrence?" Nous allons plus loin et nous disons qu'elle est, sous ses divers modes et avec diverses appellations, une condition fondamentale de toute existence individuelle. Telles sont les considérations que nous nous proposons de justifier dans cette étude préliminaire. Tout d'abord nous ne saurions omettre de faire une remarque qui a son importance. Darwin (2) n'admet pas que le progrès soit _une conséquence nécessaire et universelle de la lutte pour la vie. S'il lui arrive de blâmer les soins consacrés au ,, maintien des faibles de corps d'esprit>'. il constate (3) que dans un grand nombre de sociétés ani- (1) Voir Novicow : La lutte wtre les sociétés. (2) Origine des esp~ce;, chap. IV. (J) Descen lance de l'homme, passim.

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