La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE par les notables commerçants, les grands industriels, les gros propnetaires du département qui portent la responsabilité première de la résolution si subversive de la gréve de l'impôt. Il est à présumer que tous ces honnêtes gens, administrateurs bénévoles et convaincus des grands principes de la liberté du travail et de la propriété individuelle, seront bien étonnés des conséquences révolutionnaires que la logique des choses tirera de l'exemple qu'ils ont donné. Ces bons bourgeois seront stupéfaits d'avoir fourni des aliments à l'agitation socialiste. Car on n'accusera pas, cette fois, les « professionnels de l'émeute >', les « professeurs de grève », les « agents provocateurs» d'avoir soulevé ce trouble populaire qui va faire bouger, pour de bon, le terrible Midi, les turbulents pays rouges. Le socialisme et les socialistes ne sont en rien ni pour rien dans le mouvement qui a été organisé par les propriétaires viticulteurs, et qui- particularité plus remarquable encore - a été « provoqué » par le ministre de l'agriculture, le représentant le plus autorisé de l'Etat. Les menaces de grêve de l'impôt sont une réponse directe aux observations judicieusement raisonnées et en apparence tout à fait raisonnables de l'Ad-mi-nis-tra-tion Su-pé-rieu-re ! Mais les souffrances parmi les vignerons du Midi sont telles qu'ils restent sourds aux conseils du froid raisonnement. Que le remède existe ou n'existe pas, il s'agit d'en trouver un. Le cas est urgent; chacun s'ingénie pour découvrir les causes de ce malaise insupportable et propose un système de guérison. La Chambre de Commerce de Perpignan, se faisant l'écho du sentiment unanime des viticulteurs du Midi, avait demandé aux Pouvoirs publics de prendre l'initiative d'un projet de loi pour prohiber en France la fabrication des vins artificiels. La surélévation des tarifs douaniers n'ayant pas amené l'amélioration attendue, n'est-il pas légitime que les viticulteur(se trouvant ruinés par l'incitation de l'Etat à reconstituer, coùte que coùtc, les vignobles perdus, réclament à ce même Etat des mesures efficaces de protection ? Le 9 octobre 1893, le Ministre de l'Agriculture répondit au Président de la Chambre de Commerce de Perpignan, la lettre suivante : « Monsieur le Président, ,< Jai pris, avec le plus grand intérêt, connaissance de la lettre que vous m'avez adressée relativement à la situation économique de la France au point de vue viticole. » Vous me faites remarquer que cette situation provient de ·1a baisse des cours des vins dont le prix n'est plus rémunérateur et de leur mévente par suite de l'importation des vins étrangers et de la fabrication des vins artificiels.

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