THÉATRE 497 fièvres panamisies. M. Barrès publie au Figaro deux articles qui, sobres, relatant des faits bien observés de la vie, atteignent vraiment à de l'éloquence. Les évèuements agrandisseut son talent. Peut-ètre M. Barrès, lecteur assidu de Goethe, s'était-il rappelé avec qu'elle énergie le vie! écrivain, à l'apogée de sa vitalité intellectuelle, au moment où il pouvait le mieux refléchir au vaste effort de sa longue vie, exliortait tous les artistes, peintres et littérateurs, à se tourner vers la nature, vers la vie, à se fortiÏler par l'étude des réalités? Peut être aussi - et j'aime mieux le croire - M. Barrès a-t-il compris que son talent resterait infécond s'il ne bénéÏlciait pas tle l'élargissement que seule donne l'humanité et le monde ? Bientôt, on annonça que M. Barrès travaillait pour le théâtre. Il pouvait s'agir d'une dramatisation de son « moi », d'un drame d'inti. mité psychologique. Mais on publie le titre : Unejoumee parlelllentaire. Plus de doute: c'est le tragique ou le comique de_lavie extérieure, que !'écrivain veut exprimer.Comment M. Barrès, qui a sur toutes choses des curiosités, :mais n'en reçoit guère d'émotion, pourra-t-il faire du théâtre où la curiosité est vaine, où seules valent les émotions profondes? On attendait sa pièce avec quelque impatience. Les évènen;ents que l'auteur met à la scène sont dramatiques en eux-mêmes et restent théatralement très dramatiques. Ils soutiennent l'auteur, mieux encore ils le portent. M. Barrès sut en montrer la rapidité violente et comme fatale. Mais tout le drame reste extérieur. L'auteur avait vu des faces grimacantes dans la douleurs, des ètres se cabrant devant la honte, il avait vu s'accomplir des faits, il en avait compris l'enchainement logique. Il restait pour un créateur ou mieux pour un recréateur d'humanité, à mettre des âmes sous ses masques, à faire. correspondre intimement ces âmes avec les évènements. Or, nous voyons des êtres qui s'agitent dans le cadre de ces faits si émouvants, mais nous ne percevons que leurs grimaces et leurs gesticulations, nous ignorons les tréfonds d'eux-mèmes. D'où viennent-ils? Quel hasard les a liés_? En quoi leurs cœurs et leurs esprits concordaient-ils autrefois? Q!.1ellepassion dominante chez l'un et l'autre? D'où vient la tentation et la nécessité de la félonie? Nous n'avons que des rudiments, des tronçons de psychologie. Et seul le drame de ces âmes était intéressant. Car les faits scandaleux, la nature des turpitudes, nous les connaissions. Nous eussions préféréqu'on nous montrât précisément par suite de quelles tares morales, de quelle bassesse de mœurs, le député avait faibli. Surtout nous eussions voulu savoir lesidées personnelles de l'auteur pour modifier de telles mœurs et enrayer le mal parlementaire. Des critiques, injustes à mon sens, ont dit que la pièce de M. Barrès était une inter-pellation rentrée. Si M. Barrès avait interpellé tandis qu'il 32 •
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