La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

THÉATRE 495Donc c'en est assez de la critique, du travail désormais négatif de destruction. Ce travail fut opportun à son heure. Des esprits puissants. s'y consacrèrent. Il restera toujours un nombre suffisant d'écrivains subalternes pour s'employer, en manœuvres obtinés. à l'achèvement de cette besogne, pour répéter l'acte d'accusation. Les écrivains qui pensent se doivent à eux-mêmes d'affirmer.non plus seulement leurs haines et leurs révoltes, ma 0 is leurs espérances et leur foi. C'est d'abord le mode le plus efficace d'insurrection. Le moment est venu pour les romanciers ou les dramatistes que le mieux social préoccupe,de dire avec netteté quelle idée de justice leur sont chères et quelle morale, moins immorale ils veulent établir. Ce n'est plus assez de montrer les cahiers généraux de leurs dégoûts, mieux vaut dire avec la fermeté d'une croyance lucide les cha·ngements qu'ils jugent nécessaires. Le jour où cet exposé sera fait, l'ordre social actuel sera bien près du bouleversement. • Nous ne prétendons pas qu'un seul écrivain, sociologue, dramatiste, romancier,chroniqueur,puisse formuler enu ne œuvre unique ou même dans une série d'ouvrages, un système complet de rénovation morale ou sociale. Bien que toutes ces idées de justice et de bonheur soient éparses dans l'atmosphère, un homme ne sera pas l'interprête de mille courants humains. Mais chacun peut au moins affiny,er par son œuvre une idée personnelle de régénération morale et d'amélioration sociale. Il n'est pas nécessaire de se préoccuper spécialement de sociologie pou1faire œuvre de sociologue. Une étude de caractère, une étude de mœurs, un poème, apportent involontairement des conceptions utiles. Tel doit être le but de l'effort littéraire contemporain. Ce sera sa noblesse. La résignation mystique est vraiment une attitude trop aisée et inéligante à force d'égoïsme. Les rêves, la métaphysique, les légendes. donnent sans doute de hautaines voluptés et, sur la plate forme de sa tour d'ivoire, scruter le mystère troublant des cieux doit procurer de forts passionnants émois. mais des gens souffrent et meurent auto1,1rde cet isolement dédaigneux. Ils ont le droit de demander compte au rêveur de sa solitude et de sa vaine chanson.Ce n'est point assez faire pour eux que de méditer sur l'essence de leur âme et d' exp rimer, par trans-• positions éloquentes, les généralités de leurs sentiments. N'est-il pas. plus haut et plus malaisé de faire entendre quelques nouvelles idées morales sur le but de la vie, sur ses conditions, sur l'amour,le mariage, les enfants, le travail, le gain, etc.,., travailler ainsi a une régénération sans laquelle une justice plus stricte ne sera jamais obtenue? Mais nous voici loin des pièces qui sont l'occasion de cet article. Il est temps d'y revenir. Parmi les auteurs joués, le plus réfractaire à toute affirmation paraissait être M. Maurice Barrès. Son premier livre,Sous l'œil desBarbares, qui toujours nous émut plus que les suivants, par la passion dont il est animé, est assurément une œuvre de très noble révolte. Avant de

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==