La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

494 LA REVTJF SOCIALISTE THEATRE Les scènes. sur lesquelles les écrivains dramatiques ont la possibilité d'exprimer librement leur conception d'une justice et d'une morale neuves, nous ont donné, le mois passé, deux pièces intéressantes par leur but, par leurs qualités et aussi par leurs défauts. Le théàtre-libre a joué Une journée parlementaire de M. Maurice Barrès et le Théàtre X a mis son inexpérience et sa bonne volonté au service de l'Aufomne, drame de MM. Paul Adam et Gabriel Mourey. Ces deux pièces, issues de visions très différentes, ne nous ont pas ému au même dégré. Mais elles suggérent la même réflexion : Les auteurs,exaspérés contre des mœurs politiques ce qui est le cas de M. Barrès, ou bien contre l'organisation sociale actuelle, ce qui constitue la révolte plus générale et plus hautaine de MM. Mourey et Adam, se bornent à mettre en relief les turpitudes de ces mœurs, l'iniquité de cette organisation, s'insurgent avec ironie ou avec éloquence, selon leur tempérament, et constatent tristement des résultats. lis font œuvre de critiques et non d'initiateurs fervents et féconds. Et ce n'est point assez quand on a voulu écrire une pièce politique ou sociale. Sans doute, ces protestations témoignent d'âmes loyales. d'esprits clairvoyants et sont infin_iment plus nobles que l'acceptation nonchalante d'un état social choquant. Mais cette critique a été trop souvent faite, dans le livre comme au théâtre; bien des réquisitoires éloquents. ont été prononcés déjà et nous n'ignorons plu~ guère de quelles iniquités nous souffrons. li n'est pas besoin d'être très clerc en sociologie pour formuler en quatre ou cinq propositions les tares de l'ordre soctal actuel, ni moraliste bien subtil pour voir les hontes dominantes des mœurs contemporaines. La lecture des quotidiens faciliterait d'ailleurs. cette dernière enquête et M. Barrès ne s'est peut-être pas assez dit que nous aussi,nous avions lu lesjournauxde l'an passéetque, pour n'avoir fumé attentivement des cigares dans les couloirs du Palais-Bourbon, nous n'en étions pas moins fort précisément renseignés sur l'atmosphère, les fureurs et les haines de cette maison en folie.

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