La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

492 LA REVUE SOCIALISTE Faisons la récapitulation. Je ne crois pas avoir oublié un seul des projets importants en matière de législation ouvrière. j'ai été précis; j'ai donné des détails que je crois positifs, incontestablees. Parmi les projets que j'ai énumerés, deux seulement sont arrivés mutilés, défigurés, il est vrai, mais encore vivants: c'est, d'abord, lt: projet sur les syndicats, dans lequel le Sénat a introduit les germes de discorde que j'ai indiqués; c'est, ensuite, le projet sur le travail des femmes et de, enfants dans la manufactures, auquel le Sénat a fait subir les mutilations nombreuses que j'ai rappelées. Ainsi, dans quatre projets de loi, la pensée de la Chamb1e a complètement disparu : les deux projets de loi sur les syndicats, le projet sur les prud'hommes, le projet sur les employés de chemins de fer. Enfin un projet essentiel, déposé depuis neuf ans, que tous les autres pays ont dans leur législation, est l'objet d'ajournements successifs. Pendant combien de temps le vote en sera-t-il retardé? Nous n'en savons rien. Ainsi toute la pensée de la Chambre en ces matières ouvrières a été absolument défigurée, mutilée depuis quinze ans; voiHt le bilan du suffrage restreint. (Applaudissements à l'extrèrnegauche.) Et je m'adresse ici au centre même. Oui, il est rrès vrai que les républicains sans distinction de nuance avaient accompli pour les ouvriers des progrès très sérieux et qui auraient été très précieux. Oui, il est très vrai que ces progrès ont été accomplis non seulement sur l'initative de mes amis, les radicaux et les socialistes, màis sur l'initiative et avec la collaboration très ferme des hommes les plus modérés, même de ceux qui siégeaient ici; et nous ne pouvons pas oublier notamment la reconnasssance que nous devons à M. Waddington. Oui, il est très vrai que telle a été l'œuvre de la Chambre; mais elle a ètti arr.:tée, défigurée au Sénat, vous ne pouvez pas le nier. Et, je vous le clemande : Croyez-vous, par hasard, que si ces lois, qui sortaient de l'accord presque unanime des représentants du suffrage universel, s'étaient traduites en réalités bienfaisantes à mesure qu'elles étaient votées, l'état des esprits dans la .:lasse, peut-être un peu irritée, des travailleurs serait ce qu'il est aujourd'hui ? Croyez-vous qu'il n'y aurait pas dans les masses profondes des ouvriers plus de confiance et d'attachement à l'égard de la légalité, plus d'attachement à leurs droits politiques si laborieusement conquis; et je vous le dis encore: dev!lnt le tableau partiel que je viens de vous présenter pouvez-vous dire que vous voulez réellement des réformes, vous qui prétendez que, écartant les réformes théoriques vous voulez apporter des progrès dans le domaine pratique, non pas, entendezle bien, des promesses vaines ni des bienveillances stériles, mais des résultats effectifs, pouvez-vous compter qu'on vous croira si• vous ne supprimez pas le mécanisme constitutionnel qui jusqu'ici a toujours arrêté vos réformes? ( Applaudissements à l'e:rtrème gauche;. Vous avez déclaré à ce pays que dorénavant il était so11seul maitre et que du moment qu'il était investi du bulletin de vote, la souveraineté nationale était le prindpe du Gouvernement, que les volontés qu'il manifesterait seraient obéies, que les réformes qu'il jugerait bonnes seraient réalisées, que les lois auxquelles il allait être soumis seraient celles qu'il aurait édictées lui-même. Eh bien non, cent fois non, tant qu'un suffrage restreint aura le droit d'arrêter indéfiniment les volontés manifestées par l'énorme majorité du pays, ni devant

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