La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

!.A QUESTION SOCIALE DEYANT LES CORPS ÉLUS 491 reprise et votée une nouvelle fois par la Chambre, elle a été repoussée une ' seconde fois par le Sénat. Ce n'est pas tout. Dans le but de donner une solution pacifique à ces redoutables conflits du travail qui remuent si profondément Je monde moderne, le gouvernement répubJicain avait eu l'idée de renvoyer les différends relatifs aux contrats de travail, aux salaires, à des conseils de prud'hommes recrutés dans les deux éléments, ouvriers et patrons. Ce projet a été proposé par mon ami M. Lockroy, alors ministre du commerce. 11a rencontré dans la Chambre un assentiment unanime, puisqu'on n'a discuté que quelques points particuliers et qu'il a été voté sans scrutin. Le projet adopté par la Chambre a été envoyé au grand abattoir du Luxembourg. (On rit.) Vous devinez Je sort qui l'attendait, la mort sans phrase. (.4.pplaitdissements et 1·ireô à l'extrènie gauche et sur di1;ers bancs d gauche.) Je demande pardon à la Chambre de m'attarder à ces détails (Parlez! varlez !), mais je voudrais encore donner quelques indications sur un point de cette législation constamment ballotée entre les deux Chambres. 11reste deux grandes lois, dont l'une n'était ni politique ni sociale : c'était une simple mesure d'humanité, et il semblait qu'à ce titre elle devait échapper aux négations sénatoriales. Je fais allusion à la loi du travail des femmes et des enfants dans les manufactures. Cette loi a été arrêtée plus de dix ans par le Sénat. Pendant dix ans le Sénat à préservé ces deux grandes institutions sociales : le travail abusif de J'enf1nt, le travail abusif de l'adolescent, qui flétrit et qui surmene l'homme de demain dans l'enfant d'aujourd'hui et le travail abusif de la femme, qui est la suppression pour Je travaiJleur des deux premiers droits de l'homme, Je droit de l'ouvrier à la famiJle et à son ménage. (Appla-udissements.) Pendant dix ans, le Sénat a préservé ces deux grandes et nobles institutions. La proposition de loi avait été déposée en 1881 par Martin Nadaud; arrivée devant le Sénat, elle a été rejetée purement et simplement. Représentée en 1885, avec l'autorité de Waddington, du Gouvernement, Je Sénat n'a pas pu persévérer clans la mème voie ; après avoir résisté longtemps, Je grand terrain de la lutte a été circonscrit dans la question du travail de nuit pour la femme, travail qui est aboli chez presque toutes les nations civilisées. Le Sénat a dû céder sur cette question d'humanité, et il n'a retiré d'autre profit de la longue lutte qu'il avait engagée contre ce projet que le triste avantage d'ajouter, en ce qui concerne les jeunes filles et les adolescents de treize ans, un surcroît de cieux heures de travail au fardeau de dix heures de travail ant~rieur écrasant déjà pour les épaules fragiles sur lesquelles il est jeté. Voilà le seul projet qui ait été voté par le Sénat. (Très bien! très bien! à gauche.) Reste le projet de loi sur les accidents. Celui-là n'est étudié que depuis dix ans. M. JouRDE.- On est en train de la massacrer. M. CAMILLPEELLEATN.- JI n'est porté au Sénat que depuis six ans, et i 1 est annulé depuis ce temps. Qi1e deviendra-t-il? Je ne veux pas chercher ce qu'on en fera; mais vous pouvez en juger par les exemples que je vous ai donnés.

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