LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ÉLUS de la résistance d'une Assemblée qui, parce qu'elle est élue par un suffrage différent, parce qu'elle a d'autres origines, est nécessairement et fatalement imbue d'un autre esprit que le vôtre; et que si vous ne voulez pas supprimer. l'intervention du Sénat dans l'œuvre législative, il est nécessaire tout au moins que vous assuriez à la Chambre élue par le su'ffrage universel le dernier mot en toute matière, en matière budgétaire d'abord, mais aussi en matière ordinaire. Pelletan (dans la séance du 1 5 mars) a magistralement complété ce tableau : Je vais vous donner, par des exemples précis, car ce n'est pas par l'expose de vue d'ensemble qu'on peut s'expliquer. Voulez-vous que je prenne une seule des diverses catégories de lois que la Chambre a votées? Je pourrais presque tirer au sort. Mon attention se por!e tout d'abord sur la catégorie de lois qui a paru recueillir le plus de manifestations d'intérêt dans cette Chambre. M. le président du conseil déclare très hautement que s'il combat les doctrines socialistes, il n'en est que plus dévoué aux intérêts ouvriers dans ce qu'ils ont de légitime. Un membre (i. l'extrème gauche. C'est un beau paradoxe. M. Camille PELLETANV. ous dites, monsieur le président du conseil, que vous résisterez aux doctrines chimériques et subversives, mais que toutes les • fois qu'une réforme sérieuse et pratique vous apparaîtra comme telle, vous déployerez la plus grande énergie pour l'accomplir. Q!..1elleest donc l'histoire de la législation ouvrière ballottée entre les deux Chambres pendant ces douze dernières années? Elle II avorté par le fait du s,nat. Prenons, parmi les divers projets, le plus important, celui qui concerne les ouvriers, les agents commissionnés des chemins de fer. Ce projet a été déposé par un socialiste qui certes n'est pas bien inquiétant, par M. Raynal. (On rit.) Il s'agissait, vous Je savez, de 220.000 travailleurs qui, avec leurs familles, représentent plus d'un demi-million de personnes. Le parti républicain, dès qu'il fut pavenu au pouvoir, a cons!déré qu'il avait une double dette envers les employés de chemins de fer; d'abord, une dette de justice à l'égard de ces travailleurs affectés à un véritable service public et soumis au bon plaisir de puissances financières dont vous ne connaissez que trop les tenda1Kes réactionnaires, et ensuite une delta de reconnaissance pour ces pionniers de la démocratie, qui ont fait pénétrer l'idée républicaine dans les campagnes les plus reculé<!s. (.4pplaudissements.) On ne s'est pas borné à déposer un projet, un engagement solennel a été pris. Cet engagement, il a été formulé par Gambetta dans un banquet célèbre offert aux membres des deux Chambres par les employés de chemins de fer, et qu'il présidait; cet engagement a été ensuite ratifié par deux cents sénateurs et députés. Depuis lors, douze années se sont écoulées, et le projet n'a jamais pu aboutir. Je ne veux pas entrer dans l'histoire de ses malheurs, je ne veux pas redire comment, voté immédiatement par la Chambre, il s'est égaré pendant deux ou trois ans dans la poche de son très éminent rapporteur sénatorial ...... .
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